Les recettes d'exportation d'or de la République centrafricaine ont connu une progression exceptionnelle en 2025. Selon le Rapport pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD), elles sont passées de 18,1 milliards de FCFA en 2024 à 181 milliards de FCFA un an plus tard, soit un bond de 900 %. Cette envolée fait de l'or l'un des principaux moteurs de la reprise économique du pays.
 
La BAD attribue cette progression à la reprise des sites de production aurifère et à la hausse des cours internationaux. Selon l'institution, cette dynamique a profondément modifié les échanges extérieurs de la République centrafricaine au cours de l'année 2025 et soutient le redressement de plusieurs indicateurs macroéconomiques.
 
La Banque relève ainsi que la croissance économique devrait atteindre 3,3 % en 2025, après 1,8 % en 2024. " La reprise des activités minières, l'amélioration de l'offre d'électricité, la disponibilité des produits pétroliers et la hausse des exportations d'or devraient soutenir la croissance économique en 2025. Les exportations nettes devraient également s'améliorer grâce à l'augmentation de la production aurifère et des exportations, même si l'économie demeure exposée aux risques liés à la faible diversification de son appareil productif ", peut-on lire dans le rapport.
 
L'or améliore les équilibres extérieurs sans remplir les caisses de l'État
 
Au-delà de son effet sur la croissance, l'or contribue également au redressement des principaux indicateurs extérieurs. Le Rapport pays 2026 de la BAD établit un lien direct entre la progression des exportations aurifères et l'amélioration des réserves de change. Entre juin 2024 et juin 2025, les avoirs extérieurs nets ont progressé de 87,2 %, une évolution que la Banque attribue à l'augmentation des exportations d'or.
 
Cette amélioration se reflète également dans les comptes extérieurs. Le déficit courant est revenu de 9 % du PIB en 2024 à 7,4 % en 2025, tandis que le déficit commercial a reculé de 60 %. Dans le même temps, les exportations de biens et services ont progressé de 210 %, alors que les importations n'ont augmenté que de 2 %. Selon la BAD, cette évolution est largement portée par le redémarrage de la production aurifère et l'envolée des exportations d'or.
 
À ce sujet, l'institution souligne que " l'amélioration du solde extérieur est principalement liée au redémarrage de la production aurifère et à la forte progression des exportations d'or, qui ont permis de réduire le déficit courant, d'améliorer les réserves extérieures et de soutenir les exportations nettes ".
 
Si les performances du secteur aurifère renforcent les équilibres extérieurs, elles se traduisent en revanche beaucoup moins dans les finances publiques. La BAD relève en effet que les recettes issues du secteur extractif représentent toujours moins de 5 % des recettes fiscales entre 2024 et 2025. L'institution cite les estimations de la Banque mondiale, selon lesquelles les réformes introduites dans le Code minier en 2024 pourraient porter cette contribution à environ 10 % des recettes fiscales si elles sont pleinement appliquées.
 
Le rapport explique que plusieurs facteurs empêchent encore l'État de tirer pleinement profit du boom aurifère. Une part importante de la production est réalisée dans des zones affectées par l'insécurité, ce qui limite les capacités de contrôle des autorités. La fiscalité demeure également peu élevée, avec un taux d'imposition de l'or fixé à 2,5 %. À cela s'ajoutent les flux financiers illicites, dont les pertes sont estimées à 267 millions de dollars par an, en hausse de 38 % entre 2018 et 2022.
 
Pour inverser cette situation, la BAD recommande de renforcer la certification de l'or, d'améliorer la traçabilité des volumes produits, de publier les contrats miniers et d'accélérer la formalisation des exportations. Selon l'institution, ces mesures permettraient d'élargir l'assiette fiscale, d'accroître les recettes publiques et de consolider les effets du rebond actuel du secteur aurifère sur l'économie centrafricaine.
 
Perton Biyiha