menu mobile

L’information économique au cœur des marchés africains

RDC : Ces leviers que doit actionner l’État pour faire émerger une filière batteries dans le Copperbelt

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 65h6min

Chililabombwe, à la frontière entre la Zambie et la République démocratique du Congo. Sous un soleil blanc, des techniciens alignent des carottes de forage destinées à des analyses assistées par intelligence artificielle. Derrière ces gestes précis se joue une bataille bien plus importante. Celle de la place que la RDC entend occuper dans la chaîne mondiale des batteries.

Cette scène ouvre l'analyse scientifique publiée le 6 février dans les colonnes du The New York Times par Patience Mususa, chercheuse au Nordic Africa Institute, et Michel Shengo, professeur à l'Université de Lubumbashi. Leur article examine, à partir du cas du Copperbelt, les conditions politiques et économiques nécessaires pour que la RDC transforme son statut de géant minier en base industrielle pour les batteries.

Depuis 2021, Kinshasa affiche son ambition de ne plus se limiter à l'exportation de cuivre et de cobalt bruts. Le pays avance vers la concrétisation de cette ambition. Les autorités locales préparent actuellement l'aménagement de la zone économique spéciale de Musompo, appelée à accueillir la première usine de fabrication de précurseurs pour batteries électriques. L'enjeu consiste à produire localement des précurseurs de cathodes et, à terme, à participer à l'assemblage de batteries destinées aux véhicules électriques et au stockage d'énergie. Pour les deux auteurs, la question décisive ne relève pas seulement des infrastructures ou des compétences techniques. Elle touche au rôle que l'État est prêt à assumer dans la gouvernance des ressources.

Le Copperbelt congolais concentre certaines des plus importantes réserves mondiales de cobalt et figure parmi les grands bassins cuprifères de la planète. Pendant plusieurs décennies, l'État y intervenait directement à travers Gécamines. L'entreprise publique finançait des services sociaux et structurait l'économie régionale. " La mine ne produisait pas seulement du cuivre. Elle organisait la vie économique et sociale ", rappelle un ancien dirigeant cité dans l'étude.

La rupture intervient dans les années 1990. Les réformes de libéralisation et, plus tard, le Code minier adopté sous la présidence de Joseph Kabila ouvrent largement le secteur aux investisseurs étrangers. L'État conserve des parts dans plusieurs coentreprises, mais souvent en position minoritaire. Selon Mususa et Shengo, cette configuration réduit sa capacité à orienter les choix industriels vers la transformation locale.

Dans un environnement dominé par de grands groupes internationaux, la logique économique privilégie l'extraction et l'exportation vers les centres de raffinage asiatiques. Une part significative du cobalt congolais est ainsi transformée en Chine avant d'intégrer les chaînes mondiales de production de batteries. " Tant que l'État ne renforce pas sa position stratégique dans les actifs miniers, il aura du mal à imposer une trajectoire d'industrialisation ", estime Michel Shengo dans l'article.

Le levier capitalistique apparaît alors central. Accroître de manière ciblée les participations publiques dans certains projets permettrait de mieux capter les rentes, de limiter les pratiques de manipulation des prix de transfert et de garantir un approvisionnement domestique pour une industrie émergente. Les auteurs ne plaident pas pour une nationalisation généralisée, mais pour une présence publique suffisamment forte pour peser sur les décisions d'investissement.

L'expérience congolaise rappelle les risques d'une faiblesse contractuelle. Un rapport parlementaire publié en 2005 avait mis en évidence la sous-évaluation de plusieurs actifs attribués pendant la période de guerre entre 1996 et 2003. Lorsque les prix du cuivre et du cobalt ont flambé, la plus-value a largement échappé à l'État. " Ces choix continuent d'affecter notre marge de manœuvre ", confie un ancien membre de la commission cité par les chercheurs.

L'industrialisation suppose également un investissement massif dans les compétences. À Lubumbashi, un Centre d'excellence pour la recherche avancée sur les batteries a été créé afin de développer une expertise locale en chimie des matériaux. Les entreprises publiques telles que Gécamines et SNEL sont identifiées comme des acteurs clés pour soutenir la formation technique et planifier l'offre énergétique indispensable aux unités de transformation.

L'électricité demeure un point de tension. Produire des précurseurs de cathodes nécessite une alimentation stable et compétitive. " Sans énergie fiable, l'industrialisation restera un slogan ", avertit un consultant interrogé par les auteurs.

Enfin, la géopolitique des minerais critiques pèse sur la stratégie congolaise. Le cobalt est devenu un enjeu central pour les grandes puissances industrielles. Cette rivalité peut offrir à Kinshasa un levier de négociation supplémentaire. " La transition énergétique mondiale redessine les rapports de force. La RDC peut y trouver une place différente si elle consolide son pouvoir stratégique ", analyse Patience Mususa.

 

Perton Biyiha

Publié le 27/02/26 14:27

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

NLc1xj-nOCiy1W-CfVBAJm5Wmqde4PQeQ1fcrmkbXGI False