À Kinshasa, la présidence entend reprendre la main sur un secteur minier qui alimente la croissance mondiale des métaux stratégiques, mais dont les retombées échappent encore largement aux finances publiques. Selon un compte rendu du dernier Conseil des ministres consulté par Reuters, Félix Tshisekedi a ordonné un audit généralisé des revenus issus des exportations minières, tout en engageant une offensive contre les circuits illégaux qui fragilisent la captation des recettes.
" La faiblesse des mécanismes de contrôle empêche la République de tirer pleinement profit des exportations record de cuivre et de cobalt ", indique le document, qui met en cause " des coentreprises opaques impliquant des actifs miniers publics, le non-rapatriement des recettes ainsi que des sorties de capitaux via des importations frauduleuses ". Ces dysfonctionnements interviennent alors même que la RDC s'impose comme un fournisseur central dans les chaînes d'approvisionnement mondiales en minerais critiques, courtisées à la fois par Washington et Pékin.
Dans ce contexte, les performances à l'export confirment le poids stratégique du pays. En 2025, la RDC a exporté environ 3,4 millions de tonnes de cuivre, contre 3,1 millions l'année précédente, tandis que les volumes de cobalt ont atteint près de 220 000 tonnes, selon des données présentées en Conseil des ministres et rapportées par Reuters. Au premier trimestre 2026, les expéditions de cuivre ressortent toutefois en retrait, à 955 000 tonnes contre 1,09 million un an plus tôt, illustrant des fluctuations conjoncturelles qui n'altèrent pas le rôle structurant du pays sur le marché mondial.
Traçabilité renforcée et lutte contre les opérations illégales
Face à ces enjeux, l'exécutif congolais entend resserrer la chaîne de contrôle en s'attaquant simultanément aux failles administratives et aux activités clandestines. " Le président a ordonné un audit exhaustif à réaliser dans un délai de trente jours afin d'identifier les revenus non acquittés et les défaillances de gouvernance dans les partenariats miniers ". Les premières conclusions sont attendues à la mi-juin 2026.
Dans le même mouvement, Kinshasa veut sécuriser les flux physiques et financiers liés aux exportations et aux importations. " Aucune exportation ni importation de substances minérales ne doit échapper à une chaîne de traçabilité unique, reposant sur l'interconnexion complète des douanes, des services portuaires, de la banque centrale et des banques commerciales ", souligne le document officiel consulté par Reuters. Cette orientation vise à limiter les sous-déclarations et les transferts dissimulés, régulièrement pointés dans les rapports d'audit.
La riposte passe également par un durcissement des opérations sur le terrain. Les autorités ont ainsi reçu instruction de mener " une répression des exploitations minières illégales, souvent violentes, incluant la saisie des équipements utilisés et l'engagement de poursuites pénales ".
Ces décisions interviennent dans un contexte marqué par des pertes importantes pour les finances publiques. Un précédent audit public a en effet estimé que des compagnies minières avaient sous-déclaré près de 16,8 milliards de dollars entre 2018 et 2023, selon des chiffres relayés par Reuters.
Perton Biyiha
Publié le 28/04/26 15:25
La Rédaction
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