Une flambée durable des prix du pétrole, dans un contexte de tensions géopolitiques autour de l'Iran, pourrait entraîner un durcissement des conditions financières et une dégradation progressive de la qualité des actifs bancaires en Afrique. Le principal canal de transmission passerait par les finances publiques, dans des économies où les banques restent fortement exposées à la dette souveraine. Dans une analyse publiée le 10 avril, Fitch Ratings met en garde contre ce scénario, soulignant que " l'impact sur les notations bancaires dépendrait en grande partie des répercussions sur les notations souveraines ".
Dans son scénario central, fondé sur un conflit de courte durée et un prix du baril autour de 70 dollars en 2026, l'agence n'anticipe pas de rupture majeure. Elle précise que ces hypothèses " n'ont pas eu d'incidence significative sur les projections macroéconomiques des pays africains couverts " et qu'elles " n'auraient pas d'implications sur les notations bancaires ".
Le diagnostic évolue toutefois nettement dans une configuration plus défavorable. Fitch Ratings évoque ainsi " un scénario adverse dans lequel le détroit d'Ormuz resterait effectivement fermé jusqu'en juin et où le prix moyen du pétrole atteindrait 100 dollars le baril en 2026 ". Une telle situation " constitue un risque de crédit pertinent pour les notations " et " raviverait les pressions inflationnistes dans de nombreux pays africains, en particulier les importateurs nets d'hydrocarbures ".
Dans ce contexte, l'agence estime que " la détérioration des termes de l'échange et une possible baisse de l'appétit des investisseurs étrangers pourraient exercer une pression sur certaines monnaies ". Elle rappelle néanmoins que plusieurs zones, dont la CEMAC ou l'UEMOA, disposent de régimes de change administrés susceptibles d'amortir une partie des chocs. En réaction, " les banques centrales pourraient resserrer leur politique monétaire ", une orientation qui " pèserait sur la croissance économique, affaiblirait la capacité de remboursement des emprunteurs et réduirait les perspectives de croissance du crédit ".
Ce resserrement des conditions financières aurait des effets directs sur les bilans bancaires. Fitch Ratings anticipe ainsi une dégradation de la qualité des actifs, indiquant qu'il " entraînerait une hausse des ratios de créances douteuses et des charges de provisionnement ". L'agence souligne toutefois que les établissements disposent généralement " de marges de capital confortables au-dessus des exigences réglementaires minimales ", ce qui leur permettrait d'absorber une détérioration modérée sans effet immédiat sur leurs notations.
Des effets contrastés selon les profils pétroliers
L'exposition des banques africaines à leurs États demeure un facteur déterminant. " Les notations des banques africaines sont souvent étroitement liées à celles de leurs États respectifs ", rappelle Fitch Ratings, en raison du poids des titres publics dans leurs bilans. Dans un environnement de financement externe plus contraint, " une hausse des coûts du service de la dette extérieure et une réduction de l'accès aux marchés pourraient inciter les États à recourir davantage au financement domestique ", renforçant ainsi l'interdépendance entre souverains et banques.
Les conséquences ne seraient cependant pas uniformes selon les pays. Dans les économies importatrices d'hydrocarbures, les tensions sur les devises pourraient " entraîner une dégradation de la couverture de liquidité en devises des banques ". À l'inverse, les pays exportateurs, comme le Nigeria ou l'Angola, pourraient bénéficier d'un environnement de prix élevés. Fitch Ratings note que " la liquidité en devises pourrait s'améliorer dans ces systèmes bancaires, tout comme la qualité des importantes expositions de crédit des banques nigérianes au secteur pétrolier et gazier ", tout en précisant que ces gains pourraient être " atténués par la dépendance du pays aux flux d'investissements de portefeuille étrangers ".
Au total, l'agence considère que le risque pesant sur les notations souveraines africaines demeure réel dans ce scénario dégradé. Son ampleur dépendra toutefois de plusieurs facteurs, notamment la durée du choc pétrolier et les réponses de politique économique mises en œuvre par les États et les banques centrales.
Perton Biyiha
Publié le 22/04/26 16:02
La Rédaction
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