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Sénégal : Quelles conséquences économiques et financières du non-ajustement des prix à l’énergie ?

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Au Sénégal malgré la hausse du prix du baril du pétrole à l'échelle internationale, les prix du carburant n'ont toujours pas bougé. Pour l'économiste Pr Amath Ndiaye, en refusant d'ajuster les prix domestiques de l'énergie malgré un choc pétrolier durable, le Sénégal fait le choix d'un amortisseur social à court terme. Mais cette option, rationnelle politiquement, dit-il, devient de plus en plus coûteux économiquement. Selon le spécialiste, à mesure que le baril se rapproche des 100 dollars, la facture budgétaire explose et réduit dangereusement les marges de manœuvre de l'État.

À l'en croire, cette politique revient à transférer le choc externe vers les finances publiques. " Les chiffres sont sans équivoque. Sur la base des hypothèses budgétaires récentes à un baril d'environ 64 dollars, les subventions énergétiques sont estimées à 250 milliards FCFA à 77 dollars, elles atteignent déjà près de 408 milliards FCFA ", estime le professeur Amath Ndiaye.

Pour lui, la relation implicite est claire, chaque hausse de 1 dollar du baril représente environ 12 milliards FCFA de charges supplémentaires pour l'État. Dans ces conditions, un baril à 100 dollars ferait grimper les subventions à près de 680 milliards FCFA, soit un quasi-triplement par rapport au niveau initial.

À ce niveau, le Sénégal fait face à un véritable effet ciseau budgétaire : d'un côté, une explosion des dépenses de subvention ; de l'autre, des recettes contraintes par le ralentissement économique. " Une enveloppe de l'ordre de 650 à 700 milliards FCFA représente un choc majeur : elle équivaut à une part significative de l'investissement public annuel ; elle accentue mécaniquement le déficit budgétaire, pouvant l'alourdir de 2 à 3 points de PIB en l'absence d'ajustement ", analyse l'universitaire.

À ses yeux, cette situation accroît les besoins de financement dans un contexte déjà marqué par des conditions d'emprunt difficiles. Surtout, dit-il, cette dynamique produit un effet d'éviction car les ressources mobilisées pour financer les subventions ne peuvent plus être orientées vers les dépenses productives, notamment les infrastructures ou le soutien à l'activité.

Ainsi, le professeur Amath Ndiaye en déduit qu'au-delà de la contrainte budgétaire, le non-ajustement des prix de l'énergie engendre des distorsions économiques importantes. Selon lui, en maintenant artificiellement bas les prix, l'État encourage la surconsommation d'énergie ; retarde les ajustements nécessaires des agents économiques ; subventionne davantage les ménages les plus aisés et les entreprises énergivores.

Cette politique, aux yeux du Pr Amath Ndiaye affaiblit également la crédibilité macroéconomique du pays. " Dans un contexte de dette élevée et de surveillance accrue des partenaires techniques et financiers, elle peut être perçue comme un signal de rigidité budgétaire, susceptible d'augmenter la prime de risque. En réalité, le Sénégal ne supprime pas le coût du choc pétrolier : il le reporte dans le budget de l'État ", soutient l'économiste. Avec ce scénario, il considère que l'arbitrage est désormais clair. Il fait soit un ajustement progressif des prix, accompagné de mesures ciblées de protection sociale, soit une dégradation accélérée des équilibres macroéconomiques.

Publié le 07/05/26 10:08

Mouhamadou Dieng

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