La semaine 25 aura été celle des ruptures. Deux matières premières ont enregistré des corrections brutales : le Brent a perdu 10,6 % et le caoutchouc RSS3 11,3 %, tous deux pénalisés par la normalisation des flux à travers le détroit d'Hormuz. À contre-courant, le cacao a bondi de 18,2 % en cinq séances, propulsé par des pluies diluviennes en Côte d'Ivoire qui ont paralysé la collecte. L'arabica a prolongé son rebond, le sucre a bénéficié des inquiétudes sur la mousson indienne, tandis que le coton est resté sous pression.
Pétrole : Ras Tanura redémarre, le Brent perd 10,6 % en une semaine
Le Brent a ouvert lundi à 81,50 dollars et clôturé vendredi à 71,99 dollars, soit une perte de 10,6 % sur la semaine, sa plus forte baisse hebdomadaire depuis un mois. La correction a été particulièrement marquée mardi (-3,16 %) et vendredi (-3,84 %), avec un point bas à 71,93 dollars en séance.
La reprise effective des chargements de brut à Ras Tanura explique l'essentiel de cette correction : Saudi Aramco a redémarré vendredi le chargement de pétroliers depuis son terminal du Golfe, à l'arrêt depuis près de quatre mois. Deux très grands pétroliers de deux millions de barils chacun ont chargé du brut à quai, un troisième attendant à proximité. Avant la crise, Ras Tanura expédiait plus de cinq millions de barils par jour. Les exportations saoudiennes étaient tombées autour de quatre millions durant les derniers mois, contre plus de sept millions en février.
Un incident a brièvement interrompu la tendance jeudi : le porte-conteneurs Ever Lovely d'Evergreen Marine a été touché par un projectile dans le Golfe d'Oman, provoquant un rebond de +2,21 % à 75,50 dollars, avant que le président Trump ne confirme que le détroit restait ouvert, ramenant les cours sous les 72 dollars vendredi. Goldman Sachs a abaissé sa prévision de Brent à 80 dollars pour le quatrième trimestre, contre 90 dollars précédemment, et anticipe un retour des exportations du Golfe à leurs niveaux d'avant-guerre dès fin juillet. Le Brent a ainsi cédé l'essentiel de sa prime de guerre accumulée depuis fin février.
Cacao : +18,2 % en une semaine, les pluies ivoiriennes paralysent la collecte
Le cacao a été sans conteste la matière première de la semaine. Les cours ont ouvert lundi à 4 310 dollars la tonne et clôturé vendredi à 5 095 dollars, soit un gain de 18,2 % en cinq séances, avec un pic à 5 343 dollars atteint jeudi. La progression a été particulièrement spectaculaire lundi (+9,06 %, de 4 310 à 4 621 dollars) et mercredi (+7,06 %, de 4 633 à 4 973 dollars).
Le moteur est climatique et immédiat : des pluies excessives en Côte d'Ivoire ont inondé les routes, coupant l'accès des agriculteurs aux fermes et aux ports pendant la phase finale de la récolte intermédiaire. Ces conditions d'humidité excessive augmentent par ailleurs le risque de pourriture brune sur les cacaoyers, réduisant les rendements et compromettant la récolte.
Les premières observations de la campagne 2026/27 montrent déjà une formation de cherelles inférieure à la moyenne, signalant un faible potentiel pour la récolte principale qui débutera en octobre. À cela s'ajoute la perspective d'un épisode El Niño, confirmée le 10 juin par l'Agence météorologique japonaise, tandis que la NOAA estime à 67 % la probabilité d'un épisode majeur. Face à ces risques, le marché a largement ignoré la hausse des stocks certifiés ICE à 2 936 328 sacs mercredi, signe que les anticipations climatiques prennent désormais le pas sur les fondamentaux immédiats de l'offre.
Café : arabica en rebond, de 264 à 273 cents en une semaine
L'arabica a poursuivi le rebond entamé le 9 juin, passant d'une ouverture à 264,00 cents lundi à une clôture à 273,20 cents vendredi, soit +3,5 % sur la semaine, avec un pic à 284,80 cents mercredi. Lundi, la progression de +3,35 % a donné le ton, tirée par la couverture de positions courtes et les perturbations de la récolte brésilienne.
Des pluies renouvelées en provenance d'un front froid sur le sud du Brésil ont retardé les travaux de récolte et compromis le séchage des grains dans les principales zones productrices, Minas Gerais et São Paulo en tête. Les stocks certifiés arabica ICE ont atteint un plus bas de 2,25 ans à 388 956 sacs mercredi et 385 191 sacs jeudi, un soutien structurel qui continue de soutenir les cours malgré la perspective d'un excédent mondial massif. Le USDA prévoit une récolte brésilienne 2026/27 record à 71,9 millions de sacs, en hausse de 14 % sur un an, et Rabobank a relevé son estimation de surplus mondial arabica à 9,5 millions de sacs. Le robusta a évolué de manière plus tranquille, passant de 3 550 dollars lundi à 3 570 dollars vendredi (+0,6 %), avec un pic à 3 633 dollars jeudi, bridé par la réouverture d'Hormuz qui réduit les coûts de transport et d'assurance pour les importateurs.
Sucre : +2,7 % sur la semaine, les moussons indiennes comme catalyseur
Le sucre #11 a connu une semaine positive. Les cours ont ouvert lundi à 14,13 cents et clôturé vendredi à 14,51 cents, soit +2,7 % sur la semaine, leur plus haut niveau depuis le 22 mai. Le département météorologique indien a rapporté mercredi que les précipitations cumulées du monsoon accusaient un déficit de 42 % par rapport à la normale au 24 juin, le pire début de mousson en onze ans selon le ministère indien des Sciences de la Terre. Ce déficit menace directement la canne à sucre indienne, dont la culture dépend largement des pluies de mousson. La production brésilienne de sucre en centre-sud a également déçu, en recul de 25,6 % en glissement annuel sur la deuxième quinzaine de mai selon Unica, les moulins ayant privilégié la production d'éthanol. Ces deux facteurs ont compensé la pression baissière venue de la chute du pétrole, qui réduit les incitations à produire de l'éthanol et libère mécaniquement davantage de canne vers le sucre.
Coton : -4,1 % sous le poids du dollar et du pétrole
Le coton a subi une nouvelle semaine difficile. Les cours ont ouvert lundi à 79,67 cents et clôturé vendredi à 76,38 cents, soit -4,1 % sur la semaine. La perte la plus marquée est intervenue mercredi (-3,14 %, de 78,56 à 76,26 cents), dans un contexte de dollar fort et de pétrole en forte baisse qui réduit les coûts de la fibre synthétique concurrente. Le déficit de moussons en Inde, qui menace la production nationale représentant environ 25 % de l'offre mondiale, n'a pas suffi à compenser ces pressions. Quelques rachats techniques ont limité les dégâts jeudi et vendredi, sans renverser la tendance. Les perspectives restent fragiles tant que ces deux facteurs resteront orientés dans le même sens.
Caoutchouc RSS3 : -11,3 % en quatre séances, choc brutal
Le caoutchouc RSS3 a subi une correction sévère. Les cours ont ouvert lundi à 309,90 SGD/kg et clôturé jeudi à 275,00 SGD, soit -11,3 % en quatre séances. La chute s'est accélérée jeudi avec une perte de -8,33 % en une seule séance, de 300 à 275 SGD. La réouverture du détroit d'Hormuz a accéléré la chute du pétrole, réduisant le coût du caoutchouc synthétique concurrent et pesant mécaniquement sur la demande de caoutchouc naturel. L'absence de signal positif en provenance du secteur automobile chinois entretient ce mouvement dans un marché peu liquide de fin de mois.
Huile de palme : légère correction, données jusqu'au 25 juin
L'huile de palme a évolué dans un marché plus calme, passant de 4 635 MYR lundi à 4 568 MYR mercredi, les données s'arrêtant au 25 juin. La chute du pétrole a réduit la prime biodiesel qui soutenait les cours ces dernières semaines. À court terme, les opérateurs restent focalisés sur l'évolution des prix du pétrole. Mais à l'approche du second semestre, les risques liés à la perspective d'un épisode El Niño pourraient progressivement reprendre le dessus, en Indonésie et en Malaisie qui représentent plus de 80 % de la production mondiale d'huile de palme.
En définitive, la semaine 26 marque un changement de régime sur les marchés des matières premières. Les facteurs géopolitiques, qui avaient dominé les échanges depuis plusieurs mois, cèdent progressivement la place aux fondamentaux agricoles et climatiques. Alors que le pétrole efface sa prime de guerre avec la normalisation des flux dans le Golfe, les investisseurs reportent leur attention sur les récoltes, les aléas météorologiques et les anticipations liées à la perspective d'un épisode El Niño, qui devraient redevenir les principaux moteurs des marchés au cours des prochains mois.
Publié le 29/06/26 09:32
La Rédaction
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CEMAC