Les marchés des matières premières ont traversé une semaine marquée par deux forces antagonistes : la détente géopolitique au Moyen-Orient, qui a précipité une correction historique du pétrole, et les risques climatiques croissants en Afrique de l'Ouest et en Asie du Sud-Est, qui ravivent les primes sur le cacao et le caoutchouc. Dans ce contexte, le café poursuit sa glissade sous le poids d'une offre brésilienne attendue en forte hausse, tandis que le sucre et le coton oscillent dans l'incertitude. Les marchés cherchent un nouvel équilibre entre la fin d'un cycle de tension géopolitique et l'émergence de nouvelles pressions climatiques.
Pétrole : chute historique sur fond de cessez-le-feu Iran–États-Unis
Le pétrole brut a enregistré sa pire performance mensuelle depuis la pandémie de Covid-19. Le Brent a terminé la semaine à environ 92 dollars le baril, soit une chute de près de 19 % sur l'ensemble du mois de mai. Le WTI a quant à lui clôturé sous les 88 dollars, en recul de plus de 16 % sur la même période. Le déclencheur principal de cette correction est l'émergence de négociations entre Washington et Téhéran autour d'un mémorandum d'entente de 60 jours suspendant les hostilités et visant à desserrer les restrictions sur la navigation dans le détroit d'Ormuz.
Si l'accord n'est pas encore finalisé, le président Trump n'ayant pas encore apposé sa signature et l'Iran contestant certains termes, les marchés ont anticipé une normalisation progressive des flux. Les opérateurs demeurent toutefois prudents : les infrastructures pétrolières du Golfe ont subi des dommages significatifs, et la réouverture du détroit ne sera que partielle dans un premier temps. Les analystes estiment que les cours resteront dans une fourchette de 90 à 100 dollars dans les prochaines semaines, avec une prime géopolitique résiduelle tant que l'accord n'est pas formellement entériné.
Cacao : rebond technique porté par les risques climatiques et les pénuries d'engrais
Après avoir touché des points bas proches de 3 800 dollars la tonne en début de semaine, les cours du cacao ont rebondi pour approcher les 4 180 dollars, leur plus haut niveau depuis deux semaines. Ce mouvement est principalement alimenté par les intempéries en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, où de fortes pluies ont provoqué des inondations dans les zones de production, perturbant la logistique et les récoltes.
À plus long terme, le marché intègre désormais le risque d'un épisode El Niño dont la probabilité de développement entre mai et juillet est estimée à plus de 80 % par les météorologues américains de la NOAA. Par ailleurs, des signaux préoccupants émergent autour de pénuries d'engrais en Afrique de l'Ouest, susceptibles d'affecter la prochaine campagne 2026/27. Ces facteurs climatiques limitent la portée des nouvelles baissières : la Côte d'Ivoire avait pourtant relevé ses estimations de livraison à 2,1-2,2 millions de tonnes pour la saison en cours, et les stocks ICE ont atteint un niveau record depuis un an et demi, à plus de 2,7 millions de sacs. Le marché reste ainsi sous l'influence d'une dualité fondamentale : abondance à court terme contre risques structurels à l'horizon.
Café : arabica sous pression, robusta résistant
Le café arabica a poursuivi sa correction entamée depuis le début de l'année, cotant autour de 2,65 dollars la livre, proche de ses plus bas niveaux depuis novembre 2024. Les prix sont en repli de plus de 22 % sur un an. La pression vient essentiellement des prévisions de récolte record au Brésil : la Conab, agence gouvernementale brésilienne, a relevé ses estimations pour 2026/27 à 66,7 millions de sacs, soit une hausse de 18 % par rapport à la saison précédente, avec une production d'arabica attendue en progression de 28 % en glissement annuel.
Le robusta, en revanche, affiche une plus grande résistance, soutenu par des inquiétudes sur l'approvisionnement en provenance du Vietnam. Les hautes terres du Centre, principale région productrice, ont souffert de précipitations insuffisantes compromettant la croissance des cerises. Le risque d'El Niño vient amplifier ces craintes. La divergence entre les deux variétés reflète une géographie du risque désormais bien établie : abondance en Amérique du Sud, tension persistante en Asie du Sud-Est.
Caoutchouc : correction technique après la récente envolée
Les marchés à terme du caoutchouc ont enregistré une correction notable en fin de semaine dernière (semaine du 16-20 mars selon le rapport JPX), avec l'ensemble des places boursières mondiales orientées à la baisse sous l'effet de liquidations de positions longues. L'OSE RSS a cédé 1,9 %, à 367 yens/kg, tandis que le SHFE et l'INE ont reculé respectivement de 5,8 % et 5,2 %, signalant une sortie massive de positions longues. Le SICOM a clôturé en baisse de 3,3 % à 188,5 cents.
Le marché semble essoufflé après une récente envolée, les prix évoluant désormais sous la moyenne mobile à 50 jours. La montée en puissance des craintes de récession mondiale liée à la prolongation du conflit au Moyen-Orient et à la persistance de prix énergétiques élevés pèse sur le sentiment. Les opérateurs surveillent de près les dynamiques industrielles, en particulier du côté de la demande automobile chinoise. Les perspectives à court terme tablent sur une fourchette de 360 à 380 yens pour l'OSE, avec un soutien attendu autour des moyennes mobiles à 50 et 100 jours.
Sucre et coton : entre météo favorable et demande incertaine
Le sucre a alterné hausses et baisses sur la semaine, sensible aux variations des cours pétroliers, qui influencent directement la rentabilité de la production d'éthanol au Brésil. La détente sur le pétrole a temporairement pesé sur les prix, mais des inquiétudes sur la sécheresse dans certaines régions productrices ont apporté un soutien en fin de semaine. Le cours du sucre #11 de New York a oscillé autour de 14,5 à 15 cents la livre.
Le coton a enregistré une semaine difficile, avec des pertes comprises entre 8 et 77 points sur la plupart des contrats. Le dollar légèrement plus fort et des doutes sur la demande textile mondiale, notamment en provenance d'Asie, ont pesé sur les cours. Le marché reste dans une phase attentiste, cherchant confirmation d'une reprise de la demande qui peine à se concrétiser.
Huile de palme : stabilité relative sous influence énergétique
L'huile de palme a évolué dans un marché étroit cette semaine, tiraillée entre la pression baissière du recul pétrolier et un soutien de fond lié à la demande en biocarburants. La Malaisie a enregistré une activité de production globalement stable, sans catalyseur notable à la hausse. Les opérateurs restent attentifs à l'évolution des politiques de mandats de mélange en Indonésie, susceptibles de modifier les équilibres offre-demande à l'horizon du second semestre.
Publié le 01/06/26 11:31
La Rédaction
SN
CEMAC