L'agence américaine Standard & Poor's a confirmé, le 30 janvier 2026, les notes souveraines du Congo-Brazzaville à “CCC+” à long terme et “C” à court terme, en devises comme en monnaie locale. La perspective reste stable. Cette décision reflète, selon l'agence, une situation de liquidité légèrement améliorée après un récent retour sur les marchés financiers internationaux, mais toujours contrebalancée par d'importants besoins de refinancement, un accès limité aux financements domestiques et officiels, ainsi que des vulnérabilités macroéconomiques persistantes.
S&P indique qu'un abaissement de la note pourrait intervenir si des tensions de trésorerie compromettaient la capacité de l'État à honorer sa dette commerciale ou si les autorités envisageaient une restructuration. Un choc extérieur, comme une chute marquée des prix du pétrole, pourrait aussi peser davantage sur les finances publiques et la position extérieure. À l'inverse, une amélioration durable de l'accès au financement, une baisse des pressions de liquidité, ainsi que des progrès en matière de gestion de la dette et de transparence pourraient soutenir un relèvement de la note.
L'agence souligne que, malgré un retour sur le marché international fin 2025 après 18 ans d'absence, la capacité du pays à couvrir durablement ses besoins d'emprunt reste fragile. L'émission obligataire réalisée à cette occasion a affiché un rendement supérieur à 13 %, un coût jugé élevé. S&P estime que le Congo ne pourra pas financer de manière soutenable ses besoins importants par l'endettement commercial extérieur. Sur le marché régional, la liquidité demeure rare, avec des taux de souscription souvent inférieurs à 100 % et des maturités courtes.
Une économie toujours dominée par le pétrole et le gaz
Si les pratiques de gestion de la dette et de la trésorerie se sont améliorées, le pays continue d'accumuler des arriérés envers des créanciers officiels. Pour S&P, cette culture de paiement reste un point faible, malgré des excédents budgétaires qui devraient contribuer à réduire le stock de dette. L'économie reste fortement dépendante du pétrole, qui représente environ 50 à 60 % des recettes publiques et 80 % des exportations. La production a atteint environ 270 000 barils par jour en 2025, en hausse de 3 % sur un an, après des difficultés techniques en 2024.
Les champs étant matures, la production déclinerait sans nouveaux investissements, mais des compagnies étrangères comme Wing Wah, Total et Perenco ont annoncé des projets qui soutiennent la perspective d'une hausse modérée, jusqu'à 280 000 barils par jour en 2028. Dans le gaz, le pays a exporté environ 400 000 tonnes en 2024. ENI prévoit 2,4 millions de tonnes de GNL en 2026, puis 3 millions en 2027, tandis que Wing Wah vise 4,5 millions de tonnes à l'horizon 2027. Ces développements devraient soutenir la balance commerciale.
S&P projette une croissance du PIB autour de 3 % en moyenne sur les prochaines années, tirée par le pétrole, le gaz et une activité hors pétrole estimée à environ 3,5 % par an. La consommation privée, les investissements miniers et les exportations de GNL devraient soutenir l'activité.
Les besoins de financement de l'État demeurent élevés. Les échéances de dette à refinancer en 2026 dépassent 10 % du PIB. L'amélioration de la collecte fiscale, en hausse de près de 50 % depuis 2022, doit compenser des recettes pétrolières moins dynamiques. Un système de facturation électronique certifié sera déployé pour renforcer la TVA et l'impôt sur les sociétés, avec une mise en œuvre complète en 2027. Malgré cela, les recettes resteront très dépendantes du pétrole.
La dette publique, en baisse, resterait élevée par rapport aux pays comparables. S&P prévoit un ratio de dette nette des actifs liquides à 76 % du PIB en 2028, contre 89 % fin 2025, aidé par les excédents budgétaires et l'appréciation attendue de l'euro, alors qu'environ 20 % de la dette est libellée en dollars.
Le service de la dette représente en moyenne plus de 10 % du PIB et près de la moitié des recettes budgétaires, en raison d'un important encours de dette régionale à court terme et à taux élevés, qui constitue environ 60 % du total. Le pays compte deux euro-obligations, dont une émise fin 2025 avec un coupon de 9,8 % et un premier remboursement du principal de 186 millions de dollars prévu en 2028.
Perton Biyiha
Publié le 02/02/26 09:18
La Rédaction
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CEMAC