Un an et deux mois après l'approbation de son programme de financement avec le Fonds monétaire international (FMI), le Tchad n'a toujours reçu qu'une faible part des ressources prévues. C'est ce qui ressort du dernier rapport de Fitch Ratings sur la notation souveraine du pays, publié le 8 octobre 2026.
" Les décaissements du programme ont été plus lents que prévu initialement, seule une faible part du financement approuvé ayant été versée à ce jour ", souligne l'agence de notation. Malgré ces retards, Fitch considère que l'accord avec le FMI demeure " un important cadre d'orientation des politiques économiques " du pays.
L'agence identifie également la principale cause de ces lenteurs. Elle indique comprendre que les retards résultent essentiellement du report de l'examen des politiques communes de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) par le FMI, plutôt que de difficultés propres à la mise en œuvre du programme tchadien.
Ce mécanisme s'explique par les interdépendances économiques et monétaires entre les six pays de la CEMAC : le Cameroun, le Tchad, le Gabon, la République centrafricaine, le Congo et la Guinée équatoriale. Ces États partagent une monnaie, le franc CFA, une banque centrale, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), ainsi qu'un système de réserves de change communes.
Dans ce contexte, l'évaluation des politiques économiques régionales permet au FMI d'apprécier leur compatibilité avec les objectifs de stabilité monétaire et extérieure de la zone. L'examen porte notamment sur le niveau des réserves de change, les déficits budgétaires, l'endettement public, les arriérés de paiement et le respect des engagements économiques régionaux.
Or, la situation macroéconomique de la sous-région constitue un enjeu important pour le déroulement des programmes nationaux. Dans son rapport régional de juin 2025, le FMI indiquait que les réserves de change de la CEMAC couvraient environ 4,3 mois d'importations prévisionnelles à fin 2024, contre un niveau jugé adéquat de cinq mois.
L'institution relevait également des déséquilibres budgétaires et extérieurs, ainsi que des retards dans la mise en œuvre de certaines réformes régionales. Ces fragilités contribuent à expliquer l'importance accordée à l'examen des politiques communes avant la poursuite des décaissements.
Approuvé le 25 juillet 2025, l'accord conclu avec le Tchad au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) s'étend sur 48 mois. Il porte sur 455,7 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 625 millions de dollars au moment de son approbation.
Pourtant, selon les données du FMI arrêtées au 30 septembre 2026, le pays n'avait reçu que 28 millions de DTS, soit environ 6,2 % du montant total approuvé. Cette somme correspond à la première tranche versée lors de l'approbation du programme, les décaissements ultérieurs restant conditionnés à l'avancement des revues.
Ce financement doit notamment permettre de couvrir les besoins de la balance des paiements, de consolider les finances publiques et de soutenir le Plan national de développement 2025-2030. Celui-ci prévoit notamment une mobilisation accrue des recettes non pétrolières et un meilleur contrôle des dépenses courantes. La faiblesse des décaissements limite donc, à ce stade, les ressources extérieures mobilisables dans le cadre de cet accord.
Les lenteurs observées ne signifient toutefois pas que le programme tchadien n'a enregistré aucun progrès. Le 19 décembre 2025, les services du FMI et les autorités tchadiennes étaient parvenus à un accord sur les termes de la première revue. Le Fonds avait alors indiqué que les critères quantitatifs fixés pour fin juin 2025 avaient été respectés, malgré la non-réalisation de certains objectifs indicatifs et les retards accusés dans plusieurs réformes structurelles.
Dans la continuité de ces échanges, une mission du FMI a séjourné à N'Djamena du 4 au 15 mai 2026 afin de mener les première et deuxième revues du programme. Le 21 mai suivant, l'institution faisait état de progrès significatifs, sans toutefois annoncer la conclusion de ces évaluations. La finalisation de la première revue demeurait notamment tributaire de garanties concernant les politiques économiques régionales et le financement du programme.
Claude Paul Tjeg
Publié le 12/10/26 13:34
La Rédaction
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