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Terrorisme au Nigeria : Boko Haram et l’État islamique exploitent l’IA de pointe comme multiplicateur de force

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Au Nigeria, dans la région du nord-est, les factions de Boko Haram et la Province d'Afrique de l'Ouest de l'État islamique (PAOEI) intègrent directement l'intelligence artificielle générative au cœur de leurs opérations stratégiques et tactiques. Une enquête terrain révèle que ces combattants utilisent depuis 2023 des outils comme ChatGPT, Claude, DeepSeek, Gemini ou Grok pour planifier des attaques, concevoir ou améliorer des engins explosifs, optimiser la logistique tactique et le dépannage d'armes, contournant parfois les barrières de sécurité de ces systèmes.

Intitulée "Dieu nous a aidés, et l'IA aussi : comment le groupe terroriste Boko Haram utilise l'IA de pointe", cette enquête est menée par Antonia Juelich, chercheuse et responsable de la sécurité internationale au Cambridge Programme on AI Science & Policy et associée au Leverhulme Centre for the Future of Intelligence. Ses travaux mettent en lumière un basculement technologique majeur au sein de la guerre asymétrique.

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Elle s'appuie sur une série de 27 entretiens semi-directifs réalisés en personne auprès d'anciens membres et commandants repentis de ces organisations insurgées. Selon les données recueillies par Antonia Juelich, l'adoption de ces technologies ne relève pas d'initiatives isolées mais d'une véritable démarche d'institutionnalisation.

La direction centrale de l'État islamique a en effet dépêché des instructeurs spécialisés venus d'Irak, d'Afghanistan et d'Afrique du Nord afin d'animer des formations pratiques. Ces émissaires ont fourni des ordinateurs portables dotés de logiciels de chiffrement, configuré des abonnements payants et enseigné des techniques avancées de débridage pour contourner les gardes-fous éthiques des modèles d'IA.

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Grâce à ces méthodes d'ingénierie sociale, les jeunes recrues formées sont parvenues à obtenir des instructions détaillées pour fabriquer des engins explosifs artisanaux, réparer des armes complexes et affiner la logistique des raids. L'étude indique que cette adoption s'est accélérée seulement quelques mois après le lancement public de ChatGPT en novembre 2022. Les experts qualifient cette transformation de multiplicateur de force, une dynamique qui accroît de manière significative l'efficacité opérationnelle de groupes déjà rompus aux techniques de guérilla.

En s'appuyant sur des réseaux djihadistes transnationaux interconnectés, la diffusion de ces pratiques technologiques dépasse le Nigeria pour s'étendre désormais à d'autres filiales régionales en Afrique et au-delà.

Une équation à de multiples inconnus pour les services de renseignement et les autorités sécuritaires. Pour ces derniers, cette appropriation systématique de l'intelligence artificielle change les contours de la menace terroriste, obligeant les décideurs politiques et les développeurs de technologies à réévaluer d'urgence les protocoles de sécurité de leurs modèles.

Anselme Akéko

Publié le 15/10/26 09:13

La Rédaction

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