Le Togo veut réduire sa dépendance aux importations de poisson. Face à un déficit persistant entre l'offre nationale et les besoins de consommation, le pays prévoit de mobiliser 20,04 milliards FCFA d'ici 2028, pour développer sa production halieutique et aquacole. L'objectif affiché est d'augmenter de 25% la production nationale, tout en renforçant la transformation, la commercialisation et la gestion durable des ressources.
Le défi est de taille. En 2022, le Togo avait besoin de 105 235 tonnes de poisson, alors que sa production nationale ne s'élevait qu'à 22 656 tonnes. La production locale ne couvrait ainsi que 22% des besoins, laissant une large place aux approvisionnements extérieurs. Le déficit de l'offre nationale s'explique notamment par une progression plus rapide de la demande que de la production. Entre 2012 et 2022, les besoins du marché togolais sont passés de 86 905 tonnes à 105 235 tonnes, soit une hausse de près de 21%.
Dans le même temps, la production issue de la pêche maritime et continentale n'a pas progressé suffisamment pour suivre cette dynamique. Cette situation expose le marché togolais aux fluctuations des prix et de l'offre sur les marchés extérieurs, tout en pesant sur la facture d'importation alimentaire. Le développement de la production nationale apparaît donc comme un enjeu à la fois économique, alimentaire et stratégique.
L'aquaculture, un relais de croissance
Dans cette stratégie, la pisciculture apparaît comme l'un des principaux leviers sur lesquels le Togo entend s'appuyer. Encore embryonnaire il y a une dizaine d'années, l'aquaculture connaît une progression rapide. La production piscicole est passée de seulement 23 tonnes en 2013 à 1 151 tonnes en 2022, avant d'atteindre 1 568 tonnes en 2023.
Entre 2022 et 2023, la production a ainsi augmenté de plus de 36%, illustrant le potentiel d'une filière encore récente mais dont la montée en puissance pourrait contribuer à réduire progressivement le déficit d'offre. L'enjeu du plan d'investissement sera donc notamment de consolider cette dynamique, en favorisant les investissements dans les infrastructures de production, les équipements et les capacités techniques des acteurs de la filière.
Une filière qui génère déjà des milliers d'emplois
Au-delà de la question de l'approvisionnement du marché, la pêche et l'aquaculture constituent un secteur économique important pour le Togo. La filière génère actuellement plus de 20 000 emplois directs et près de 150 000 emplois indirects. Elle représente également environ 4,5% du PIB. L'augmentation de la production pourrait donc avoir des effets d'entraînement sur l'ensemble de la chaîne de valeur : production, transformation, conservation, transport, distribution et commercialisation.
Le développement de la transformation locale constitue notamment un enjeu majeur. Il permettrait de mieux valoriser la production nationale, de réduire les pertes post-capture et d'accroître les revenus des producteurs et autres opérateurs. Pour le Togo, l'enjeu est donc autant de produire davantage que de construire une véritable industrie nationale du poisson, capable de répondre à une demande intérieure en croissance et de générer davantage de valeur et d'emplois dans l'économie.
Publié le 13/08/26 10:50
Narcisse Angan
SN
CEMAC