Par Gaëlle Koanda, Experte en cybersécurité
La récente cyberattaque ayant visé Air Côte d'Ivoire ne doit pas être considérée comme un simple incident technique.
Elle constitue un signal stratégique majeur pour l'économie ivoirienne, à un moment où la digitalisation accélérée des services publics, bancaires et commerciaux augmente mécaniquement notre surface d'exposition aux cybermenaces.
Ce qui rend cette attaque particulièrement préoccupante
Les informations disponibles indiquent l'implication d'un groupe de ransomware international, associé à des techniques d'exfiltration massive de données.
Contrairement aux attaques d'il y a dix ans, les cybercriminels d'aujourd'hui volent les données avant de chiffrer les systèmes, les analysent via des outils d'intelligence artificielle, les revendent sur des marchés clandestins et les exploitent pour des fraudes transnationales sophistiquées.
Nous sommes entrés dans l'ère de la cybercriminalité industrialisée.
Intelligence Artificielle : Le Multiplicateur Invisible
Avec des données personnelles volées, il est désormais possible de générer de faux documents crédibles, créer des identités synthétiques, contourner certains contrôles KYC internationaux, monter des dossiers de crédit frauduleux et exploiter des documents dans d'autres juridictions.
Une fuite locale peut donc produire des conséquences internationales.
Les citoyens doivent-ils changer leur passeport ?
Un renouvellement immédiat devient pertinent si le numéro de passeport est confirmé comme compromis, si une copie numérique du document a été exfiltrée ou si des activités suspectes apparaissent liées à l'identité.
En l'absence de confirmation officielle, les mesures urgentes incluent :
- Surveiller toute activité bancaire inhabituelle
- Activer des alertes sur les comptes
- Changer immédiatement tous les mots de passe sensibles
- Activer l'authentification multifactorielle
- Éviter tout email suspect demandant des informations personnelles
Si des documents d'identité ont été exposés, leur utilisation frauduleuse peut se produire à l'étranger, notamment dans des systèmes moins stricts. La vigilance doit être maximale.
Secteur financier : Zone de vigilance critique
Les banques doivent immédiatement renforcer les contrôles KYC, surveiller les ouvertures de comptes suspectes, intensifier la surveillance des transactions internationales, réaliser des audits de sécurité approfondis et tester leurs plans de réponse à incident.
La confiance financière repose aujourd'hui sur la résilience cyber.
Un enjeu économique et souverain
La cyberattaque dépasse le cadre d'une entreprise. Elle pose une question stratégique : la cybersécurité est-elle suffisamment intégrée dans la stratégie nationale de développement numérique ?
Investir dans la cybersécurité n'est pas une dépense. C'est une assurance économique et diplomatique.
Conclusion
Cette attaque doit servir d'électrochoc. Les entreprises doivent renforcer leurs défenses. Les citoyens doivent adopter des réflexes de protection numérique. L'État doit accélérer la maturité cyber nationale.
La question n'est plus de savoir si une cyberattaque se produira. La question est de savoir si nous sommes prêts.
Publié le 27/02/26 16:29
La Rédaction
SN
CEMAC