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UEMOA : La BOAD ouvre le chantier d’une réponse au déficit de 3,5 millions de logements et à sa progression annuelle

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Lomé a accueilli, ce 11 juin 2026, l'ouverture de la 2e édition des BOAD Development Days, rendez-vous désormais stratégique pour l'avenir de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Placée sous le thème : ‘'Bâtir l'avenir de l'UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique'', cette rencontre a donné le ton d'une transformation structurelle portée par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD).

Dans une allocution d'ouverture dense et sans détour, son président, Serge Ekué, a posé un diagnostic à la fois démographique, urbain et énergétique d'une rare intensité. ‘'Nous sommes à un point de bascule'', a-t-il averti, soulignant l'urgence de ‘'penser plus grand, agir plus vite et construire plus durablement'' face à l'accélération des besoins en logement et en infrastructures.

Au cœur de son intervention, une idée structurante s'impose : l'habitat ne peut plus être dissocié de la souveraineté énergétique. ‘'Un habitat moderne est un habitat connecté à une énergie fiable, accessible et durable'', a insisté le président de la BOAD, en défendant une approche intégrée où le logement devient à la fois actif économique, levier social et outil de résilience énergétique.

Cette vision s'inscrit dans un contexte démographique sous tension. La région UEMOA connaît une croissance de plus de 3% par an et pourrait dépasser 300 millions d'habitants à l'horizon 2050, dont plus de la moitié en zone urbaine. Une dynamique que Serge Ekué décrit comme une opportunité autant qu'un risque, avec des millions de jeunes confrontés chaque jour à la pénurie de logements décents et abordables.

Face à cette pression, le patron de la BOAD appelle à un changement de paradigme. ‘'L'habitat ne peut plus être traité comme une simple variable d'ajustement social. C'est un moteur économique de premier ordre'', a-t-il affirmé, insistant sur les effets multiplicateurs du secteur en matière d'emplois locaux, de structuration industrielle et de pouvoir d'achat.

La BOAD entend se positionner comme catalyseur central de cette transformation. À travers son Plan stratégique DJOLIBA 2021-2025, l'institution revendique déjà des résultats tangibles. Au Bénin, plus de 100 milliards FCFA ont permis de financer la ville nouvelle de Ouèdo, destinée à terme à 10 000 ménages. En Côte d'Ivoire, près de 160 milliards FCFA sont engagés pour des programmes de logements sociaux à Abidjan, Bouaké et Yamoussoukro, en partenariat avec les autorités nationales.

Pour Serge Ekué, ces réalisations ne constituent qu'un point de départ. La banque prépare désormais ‘'Djoliba II 2026-2030'', un nouveau cycle stratégique qui ambitionne d'élargir encore le champ d'action et de mobiliser davantage de capitaux privés et institutionnels. ‘'Les ressources publiques, à elles seules, ne suffiront pas'', a-t-il rappelé, appelant à une mobilisation coordonnée des États, investisseurs et partenaires techniques.

Trois verrous majeurs doivent être levés, selon lui. Le premier est financier, avec la nécessité de déverrouiller le crédit immobilier et de structurer des mécanismes de réduction des risques. Le second est normatif, avec la volonté de promouvoir un ‘'Label Bâtiment Vert UEMOA'' pour aligner la construction sur les standards climatiques internationaux. Le troisième est celui de l'inclusion, afin de penser des villes adaptées à la jeunesse et aux femmes, moteurs démographiques de la région.

La cérémonie d'ouverture a également été marquée par les interventions de Moussa Sanogo, ministre ivoirien de l'Urbanisme, représentant le Premier ministre Robert Beugré Mambé, et de Kodjo Sévon Tépé Adedze, ministre togolais de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme et de l'Habitat. Tous ont salué une initiative jugée structurante pour l'avenir urbain de la région.

Point d'orgue de cette première journée, le ‘'fireside chat'' animé par Serge Ekué, Moussa Sanogo et Victoire Tomégah-Dogbé, ancienne Première ministre du Togo de 2020 à 2025, a permis d'ouvrir un dialogue direct sur les conditions de réussite de cette transition urbaine et énergétique.

Au fil des échanges, une ligne directrice s'est imposée. Le logement n'est plus seulement une réponse sociale, mais un instrument de souveraineté et de stabilité économique. ‘'Un logement décent n'est pas un privilège. C'est un droit'', a conclu Serge Ekué, appelant à transformer les ambitions en investissements concrets et rapides sur le terrain.

À titre de rappel, la Banque mondiale estime le déficit de logements dans l'UEMOA à environ 3,5 millions d'unités, avec un besoin additionnel d'environ 250 000 logements par an.

Envoyé spécial à Lomé, Togo

Publié le 12/06/26 08:00

Dr Ange Ponou

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