Quatre mois auront suffi pour transformer une mission ministérielle en partenariat stratégique. Après la visite effectuée en mars dernier à Alger par le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, afin d'explorer les axes de coopération entre les deux pays, Abidjan et Alger sont passés à la phase opérationnelle. Les deux gouvernements ont signé, ce mardi 30 juin à Abidjan, un protocole d'accord dans les domaines de l'énergie et des énergies renouvelables, avec l'ambition de traduire rapidement cette coopération en " réalisations tangibles ", selon l'expression du ministre algérien de l'Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal.
Cette signature " fera date dans l'histoire des relations fraternelles et de coopération entre l'Algérie et la Côte d'Ivoire ", s'est félicité Sangafowa Coulibaly face son homologue qui a affiché son engagement à bâtir une relation " stratégique et durable, de log terme " avec Abidjan.
" Cet accord traduit notre volonté commune de développer un partenariat énergétique mutuellement bénéfique et constitue le cadre juridique et institutionnel qui régira les activités de coopération et les projets à développer entre nos deux pays ", a déclaré le ministre algérien de l'Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, saluant l'aboutissement d'un " travail rigoureux " conduit par les experts des deux États.
L'enjeu pour Abidjan est double : répondre, à court terme, à la forte croissance de la demande qui commence à peser sur les capacités de ses infrastructures électriques, mais aussi accélérer développement de sa production, actuellement de 3 200 MW à plus de 5 000 MW à l'horizon 2030. Et dans ce contexte, l'Algérie qui revendique une capacité installée de 27 000 MW, partiellement utilisée, et qui a la maitrise de toute la chaîne de valeur, est un allié de choix.
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Dans son intervention, Mamadou Sangafowa Coulibaly a largement insisté sur le modèle énergétique développé par Alger. Il a rappelé que l'Algérie constitue aujourd'hui l'un des rares pays africains maîtrisant l'ensemble de la chaîne de valeur énergétique, depuis la production jusqu'à la fabrication des équipements, en passant par l'ingénierie, la maintenance et la formation des compétences nationales. " Ce que votre pays a réussi, tant dans le domaine des hydrocarbures que de l'énergie électrique, symbolise le succès que nous devons rechercher à l'échelle du continent ", a affirmé le ministre ivoirien.
Un plan d'action immédiat pour soulager le réseau ivoirien
L'intérêt du protocole réside dans son caractère très opérationnel en ce qu'il est adossé à une feuille de route déjà élaborée par les équipes des deux pays.
Selon le ministre ivoirien Mamadou Sangafowa Coulibaly, les premières mesures doivent répondre directement aux contraintes actuelles du système électrique national. Dans le détail, le programme prévoit notamment l'installation de groupes mobiles totalisant 100 MW afin de renforcer rapidement les capacités de production disponibles.
À cela s'ajoute un vaste chantier de modernisation des infrastructures de transport d'électricité, comprenant la construction en urgence de lignes à haute tension de 225 kV et 400 kV ainsi que la fourniture d'équipements critiques destinés aux réseaux de distribution, notamment des matériels de localisation des défauts sur les câbles souterrains.
Pour un pays dont la demande électrique progresse chaque année sous l'effet de la croissance économique, de l'urbanisation et de l'extension de l'électrification, ces investissements répondent à des besoins immédiats tout en préparant la prochaine phase d'expansion du système.
Une coopération industrielle bien au-delà de la production d'électricité
L'ambition affichée par les deux gouvernements dépasse toutefois le simple renforcement du réseau.
À moyen et long terme, Abidjan envisage l'acquisition d'unités de production conçues et fabriquées en Algérie pour alimenter un projet de centrale électrique d'une puissance de 1 500 MW, qui devrait être la plus grande en Afrique de l'Ouest.
Le partenariat prévoit également un important volet industriel.
La Côte d'Ivoire souhaite accompagner cette coopération par l'ouverture d'unités locales de fabrication de matériels électriques, la création de plateformes régionales de commercialisation des équipements énergétiques ainsi qu'un vaste programme de formation et de transfert de compétences destiné aux ingénieurs ivoiriens.
Cette approche traduit une évolution notable de la stratégie énergétique ivoirienne. Il ne s'agit plus uniquement d'importer des équipements, mais de développer progressivement des capacités industrielles locales autour de la chaîne de valeur électrique.
Au-delà des aspects techniques, cet accord s'intègre directement dans la stratégie économique portée par le président Alassane Ouattara qui porte l'ambition de faire accéder la Côte d'Ivoire au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d'ici 2030, a rappelé Mamadou Sangafowa Coulibaly.
" En unissant les compétences de vos équipes à celles des nôtres, nous ne ferons pas qu'ériger des lignes électriques ou installer des turbines. Nous poserons les jalons de la réalisation de l'ambition de la Côte d'Ivoire, dans le cadre d'un partenariat stratégique africain entre deux pays frères ", a souligné Mamadou Sangafowa Coulibaly.
Une alliance appelée à devenir un laboratoire de la coopération Sud-Sud
Les deux ministres ont enfin donné une portée continentale à cette initiative.
Pour Abidjan, l'accord signé " dépasse le seul cadre bilatéral " et pourrait constituer un modèle de coopération énergétique africaine, fondé sur le partage des compétences industrielles plutôt que sur une logique classique d'assistance.
Cette vision rejoint également les ambitions portées par la Côte d'Ivoire au sein de l'Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), dont le pays, avec Mamadou Sangafowa Coulibaly assure actuellement la présidence du Conseil des ministres et l'Algérie, le secrétariat général. Le ministre ivoirien entend notamment utiliser ce mandat pour accélérer la mise en place de la future Banque africaine de l'énergie, considérée comme l'un des futurs instruments de financement de la souveraineté énergétique du continent, avec l'appui de l'Algérie.
L'accord signé avec Alger apparaît ainsi comme l'une des premières traductions concrètes de cette approche : faire émerger des partenariats africains capables de mobiliser expertise industrielle, capacités de financement et transfert de technologies afin de réduire la dépendance du continent vis-à-vis des fournisseurs extérieurs.
Au regard de l'ampleur des projets déjà identifiés et de la rapidité avec laquelle les équipes techniques des deux pays ont transformé les premières discussions engagées en mars en programme opérationnel, cette coopération pourrait rapidement devenir l'un des partenariats énergétiques Sud-Sud les plus structurants actuellement en cours de déploiement sur le continent africain.
Publié le 30/06/26 16:54
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC