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Accusé de violations graves dans des plantations au Cameroun, Bolloré perd l’appui du fonds souverain norvégien

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C'est un désengagement financier lourd de symboles qui vient d'être acté par Oslo. Le fonds souverain norvégien, l'un des plus importants véhicules d'investissement de la planète, a officiellement tourné le dos au groupe Bolloré. La décision, rendue publique ce vendredi via le rapport annuel de la Norges Bank, fait suite à des accusations persistantes de violations des droits humains dans des plantations d'huile de palme au Cameroun.
 
La Banque de Norvège, qui gère ce géant financier alimenté par les revenus pétroliers de l'État, confirme avoir exclu de son portefeuille les sociétés Bolloré SE et Compagnie de l'Odet SE. Cette mesure fait suite à une recommandation formulée dès 2024 par son Conseil d'éthique, une instance indépendante. Ce même conseil avait déjà préconisé le retrait d'entreprises impliquées dans des conflits sensibles par le passé.
 
Les griefs reprochés au groupe français sont précis et documentés. Selon les informations rassemblées par les experts du fonds, les exactions auraient été commises au sein de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm), une filiale indirecte de Bolloré dans laquelle le groupe détient 23,1 % du capital via un actionnariat complexe impliquant la holding Socfin.
 
Les investigations menées sur place par le Conseil d'éthique ont mis en lumière une réalité sociale alarmante. Plus de 60 % des 7 000 travailleurs de ces plantations étaient rémunérés en dessous du salaire minimum légal et privés des prestations sociales prélevées sur leurs bulletins de paie. Les conditions de vie dans les campements étaient également jugées très insuffisantes, avec moins de 20 % des logements atteignant des standards décents.
 
Le rapport pointe également des accusations plus graves encore. Des cas de viols, de violences physiques et de harcèlement sexuel, impliquant des employés et des agents de sécurité de la Socapalm à l'encontre d'ouvrières et de riveraines, auraient été rapportés aux enquêteurs. Un collectif d'habitants accuse par ailleurs la société de restreindre l'accès aux terres et de polluer les ressources en eau environnantes, une procédure judiciaire menée en France ayant réussi à établir le contrôle effectif du groupe Bolloré sur cette entité camerounaise.
 
Initialement, le fonds norvégien avait choisi la voie du dialogue, accordant un délai de deux ans au groupe pour améliorer la situation sur place. Face à l'absence de corrections suffisantes, l'instance exécutive a finalement tranché en faveur de l'exclusion. Fin 2024, la participation du fonds souverain dans Bolloré SE était encore valorisée à environ 90 millions de dollars. Un retrait qui représente donc un signal financier fort, mais surtout un coup dur pour la réputation du conglomérat français.
 
Cette décision a été immédiatement saluée par une trentaine d'organisations locales et internationales, dont l'association Grain. Dans un communiqué commun, elles rappellent que les abus sont dénoncés depuis de longues années par les communautés affectées et accusent la Socfin, actionnaire historique des plantations, d'être au cœur d'un système encourageant l'accaparement des terres et les violations des droits. Du côté du groupe Bolloré, sollicité par l'AFP, aucune réaction officielle n'a été communiquée dans l'immédiat.
 
Perton Biyiha

Publié le 09/03/26 15:13

La Rédaction

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