Les ventes globales de smartphones sur le continent ont enregistré une baisse de 7% en glissement annuel au cours du deuxième trimestre de l'année 2026. Ce recul, le premier observé sur le marché africain par les analystes d'Omdia après 3 années de croissance continue, révèle la pression financière qui pèse sur les consommateurs, dans un contexte marqué par la flambée des coûts des composants et de la puce électronique.
Au niveau continental, la situation varie considérablement d'un pays à l'autre. L'Afrique du Sud fait figure d'exception avec une croissance de 17% de ses livraisons, portée par un pouvoir d'achat plus élevé et une transition progressive vers les réseaux de 5G. En revanche, les livraisons ont chuté de 11% au Nigeria, en raison de tarifs plus élevés qui poussent les acheteurs à reporter leurs projets d'acquisition. En Égypte, la contraction atteint 26%, pénalisée par une hausse de 50% des coûts des intrants locaux depuis le mois de janvier, ce qui a lourdement perturbé les circuits de distribution traditionnels. De même, le Kenya accuse une baisse de 15%, particulièrement sensible sur les modèles vendus sous la barre des 150 USD.
Flambée des coûts de la mémoire
Cette contraction s'explique par la pénurie de mémoires DRAM (mémoire vive) et NAND (stockage), dont les coûts ont explosé sous l'effet de la forte demande des datacenters dédiés à l'IA. Partout dans le monde, cette inflation s'accompagne d'une montée en gamme générale : au premier trimestre de cette année, la capacité moyenne mondiale des smartphones a atteint 8,3 Go pour la DRAM et 279 Go pour la NAND, affichant des hausses respectives de 5,5% et 10,1% par rapport aux 7,8 Go et 253 Go enregistrés un an plus tôt. À titre de comparaison, la capacité moyenne de mémoire DRAM s'est accrue de manière continue, passant de 5,3 Go au premier trimestre 2022, soit une augmentation globale de 3 Go en quelques années.
Les chiffres fournis par les analystes d'Omdia illustrent cette réalité de manière saisissante sur le plan tarifaire : ‘'La mémoire représente désormais près de 60% du coût total des téléphones de moins de 400 dollars, et plus de 64% pour les appareils de moins de 99 dollars'', souligne Manish Pravinkumar, analyste principal et responsable des recherches sur les technologies grand public au Moyen-Orient et en Afrique.
Cette augmentation des prix de revient touche de plein fouet le segment des appareils abordables, traditionnellement moteurs de l'inclusion numérique. Zaker Li, analyste principal, précise à ce sujet que les fabricants de smartphones augmentent considérablement les tarifs de leurs produits afin de préserver leurs marges. Cependant, cette inflation risque d'entraîner une baisse marquée de la demande, les acheteurs du segment d'entrée de gamme se montrant particulièrement sensibles aux variations de prix.
L'entrée de gamme, le segment le plus exposé
La conséquence directe de cette flambée des coûts est un bouleversement de l'accessibilité financière. En d'autres termes, s'équiper devient un luxe pour une partie de la population. Selon les données d'Omdia, un smartphone d'entrée de gamme peut représenter jusqu'à 73% du revenu mensuel d'un adulte à faible revenu en Afrique subsaharienne.
Alors que les livraisons globales de smartphones sur le continent ont reculé de 7 %, celles des appareils à moins de 100 USD ont chuté de manière beaucoup plus marquée : les livraisons de cette catégorie se sont effondrées de 34 % au deuxième trimestre 2026 par rapport à l'année précédente, représentant une perte sèche de près de 3 millions d'unités. ‘'Nous assistons à une hausse forcée du marché africain'', analyse Manish Pravinkumar. ‘'Les fabricants ne peuvent plus produire de smartphones à 75 dollars de manière rentable, tandis que les consommateurs qui ont besoin de connectivité doivent de plus en plus élargir leur budget pour se procurer des appareils à plus de 200 dollars''.
Cette situation accentue également le fossé technologique. Alors que la capacité de stockage globale des smartphones continue de croître à l'échelle mondiale pour répondre aux besoins de photos et de vidéos haute résolution, ‘'la capacité de stockage des segments d'entrée et de milieu de gamme a en réalité diminué'', relève Jusy Hong, responsable de recherche senior pour les appareils mobiles. Pour les modèles abordables, les constructeurs gèlent les capacités de mémoire ou suppriment les variantes les plus généreuses afin de contenir les dépenses.
Adaptation et nouvelles stratégies
Face à ces défis structurels, les fabricants revoient profondément leurs copies. Pour préserver leur rentabilité, ils ajustent la composition de leurs appareils en privilégiant les fonctionnalités essentielles pour les utilisateurs, telles que l'autonomie, la qualité d'affichage ou le stockage, tout en optimisant les composants secondaires.
Toutefois, les stratégies varient selon les acteurs. La société chinoise Transsion (propriétaire des marques Tecno, Infinix et iTel) a vu ses livraisons baisser de 14%, sa part de marché passant sous la barre des 50%. À l'inverse, Samsung affiche une croissance de 15%, portée par une gestion rigoureuse des stocks sur ses gammes clés. De son côté, Honor consolide sa position en misant sur des segments moyens et haut de gamme plus résilients. Xiaomi et Oppo ont, quant à eux, adopté une approche plus prudente et rigoureuse face aux contraintes sur les composants d'entrée de gamme.
Pour maintenir un accès aux équipements malgré l'inflation des prix, les fabricants diversifient leurs approches au-delà de la vente sèche. ‘'Le financement des appareils deviendra un élément de plus en plus important des stratégies d'accessibilité des fournisseurs, notamment parce que la hausse des prix des appareils rendra les coûts initiaux plus difficiles à absorber pour les consommateurs'', conclut Manish Pravinkumar. Ainsi, des partenariats renforcés avec des organismes de crédit et des opérateurs mobiles apparaissent comme les nouveaux leviers indispensables pour maintenir l'inclusion numérique sur le continent.
Anselme Akéko
Publié le 07/09/26 12:27
La Rédaction
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