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Afrique : Pourquoi atteindre 7% de croissance sur 10 ans reste le seuil décisif pour transformer le continent ?

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Atteindre une croissance annuelle de 7% sur une décennie n'est pas un simple objectif macroéconomique pour l'Afrique. C'est, en réalité, le seuil critique à partir duquel une transformation économique profonde devient possible. ‘'Une croissance soutenue d'au moins 7% pendant 10 ans est nécessaire pour accélérer la réduction de la pauvreté et renforcer la résilience face aux chocs'', rappelle une analyse issue du rapport 2026 des Performances et perspectives macroéconomiques de l'Afrique, publié récemment par la Banque africaine de développement (BAD).

Sans cette cadence, il sera difficile d'opérer le basculement vers des économies plus productives, créatrices d'emplois et moins vulnérables aux aléas extérieurs.

Une ambition encore hors de portée

L'histoire économique récente du continent montre la difficulté de l'exercice. Depuis 1961, seuls 23 pays africains ont réussi à maintenir une croissance d'au moins 7% sur une décennie. Un seul, le Botswana, est parvenu à prolonger cette performance sur 3 décennies consécutives.

Pourtant, la comparaison internationale est sans appel. ‘'L'expérience de la Chine, de la Corée du Sud ou du Vietnam montre que des périodes prolongées de forte croissance permettent de transformer en profondeur les structures productives''. Autrement dit, la croissance n'est pas seulement une question de rythme, mais de durée.

Malgré une amélioration notable ces dernières années, l'Afrique reste en deçà de ce seuil critique. Certes, certains pays ont changé de catégorie de revenu, à l'image des Seychelles, ou du Cap-Vert et de la Libye qui ont rejoint le groupe des économies à revenu intermédiaire supérieur. Mais ces avancées demeurent fragiles.

Des trajectoires fragiles et incomplètes

Le principal écueil réside dans la nature même de la croissance africaine. Dans plusieurs économies riches en ressources naturelles, les périodes d'expansion ont été largement portées par les cycles des matières premières.

‘'Les épisodes de forte croissance ne se sont pas toujours traduits par une convergence durable des revenus'', souligne le rapport. L'Angola, la Guinée équatoriale, le Gabon ou encore la Libye en offrent une illustration parfaite. Après des phases d'enrichissement rapide, leurs revenus par habitant restent aujourd'hui relativement modestes.

Cette volatilité met en lumière des faiblesses structurelles persistantes : dépendance aux matières premières, qualité institutionnelle inégale et transformation économique inachevée.

Dans certains cas, les trajectoires sont même réversibles. Des pays comme l'Angola ou la Côte d'Ivoire ont, à certaines périodes, basculé entre différentes catégories de revenu, preuve d'une vulnérabilité aux chocs extérieurs et aux inflexions de politiques économiques.

Le rôle central de la productivité

Au cœur de cette équation se trouve un facteur déterminant, la productivité. La comptabilité de la croissance montre que ‘'la productivité totale des facteurs a représenté la plus grande part de la croissance du PIB par habitant en Afrique''.

Les années 1960 et le début des années 1970 avaient ainsi été marqués par des gains de productivité significatifs. Mais les crises macroéconomiques des décennies suivantes ont inversé la tendance, avant un rebond à partir du milieu des années 1990.

Le décrochage avec l'Asie est, à cet égard, particulièrement révélateur. Dans les années 1960, les travailleurs africains étaient jusqu'à 45% plus productifs que ceux de plusieurs économies d'Asie de l'Est. Aujourd'hui, la situation s'est inversée de manière radicale.

En 2022, un travailleur indonésien ou thaïlandais était plus de 2 fois plus productif qu'un travailleur africain. L'écart atteint des proportions encore plus marquées avec la Corée du Sud ou Singapour, où la productivité est respectivement 6 et 10 fois supérieure.

Des contraintes structurelles persistantes

Ce retard s'explique par des contraintes profondes et interdépendantes. D'abord, un déficit de capital physique. Le ratio capital par travailleur reste insuffisant, et, fait plus préoccupant, il a même reculé ces dernières années, traduisant un appauvrissement relatif du capital.

Ensuite, le capital humain constitue un autre maillon faible. ‘'Sur les 25 pays affichant les scores les plus bas de l'indice du capital humain, 23 se trouvent en Afrique''. Dans de nombreux cas, les enfants n'atteindront que 40% de leur potentiel productif à l'âge adulte, en raison des lacunes en matière d'éducation et de santé.

Ce double déficit limite mécaniquement la capacité des économies africaines à monter en gamme et à soutenir une croissance durable.

Un potentiel encore considérable

Pour autant, les perspectives ne sont pas verrouillées. Le continent dispose de leviers puissants pour enclencher un nouveau cycle de croissance.

‘'Il est encore possible pour l'Afrique d'atteindre et de maintenir des taux de croissance supérieurs à 7%'', souligne le rapport. À condition d'activer plusieurs ressorts : investissement massif dans le capital humain, valorisation du dividende démographique, exploitation plus efficace du capital naturel et diversification vers des activités à plus forte valeur ajoutée.

Au fond, la trajectoire africaine dépendra de sa capacité à transformer une croissance encore trop volatile en un processus cumulatif, fondé sur la productivité, l'innovation et la montée en gamme.

Publié le 13/04/26 13:47

Dr Ange Ponou

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