Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) engage 200 millions de dollars (111 milliards FCFA) pour soutenir le Nigeria dans un vaste projet de transformation numérique destiné à étendre considérablement l'accès à l'internet haut débit et à stimuler l'emploi. Cette contribution s'inscrit dans un montage financier global de 800 millions de dollars mobilisés par l'institution, au cœur d'un programme évalué à près de 2 milliards de dollars, combinant financements internationaux et investissements privés.
Au cœur de cette initiative figure le projet D-VIBE, également connu sous le nom de BRIDGE, qui ambitionne de porter le réseau de fibre optique nigérian d'environ 30 000 kilomètres à près de 120 000 kilomètres. L'enjeu dépasse la simple expansion technique. Il s'agit de connecter l'ensemble des 774 zones de gouvernement local, des centres urbains aux zones rurales, en incluant des infrastructures essentielles comme les écoles, les établissements de santé, les pôles agricoles et les zones industrielles. Le projet prévoit également des interconnexions régionales avec des pays voisins tels que le Bénin, le Cameroun, le Niger et le Tchad, renforçant ainsi l'intégration numérique sous-régionale.
L'architecture financière repose sur un partenariat public-privé structuré autour d'une société dédiée, avec une participation majoritaire du secteur privé. Ce montage vise à lever les obstacles qui freinent habituellement ce type de projets, notamment les coûts élevés de déploiement et les contraintes liées aux droits de passage. Le prêt de la Banque africaine de développement s'insère dans un financement souverain plus large de 800 millions de dollars, complété par 500 millions de dollars de la Banque mondiale et 100 millions de dollars de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. À cela s'ajoutent des subventions européennes et des apports techniques, ainsi qu'un engagement significatif du secteur privé estimé à plus d'un milliard de dollars.
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Au-delà de l'infrastructure, le programme entend agir sur l'ensemble de la chaîne de valeur numérique. Il prévoit de rendre les équipements plus accessibles, de former massivement aux compétences digitales et de soutenir le développement de plateformes dans des secteurs clés comme l'agriculture, l'éducation et les services. Une attention particulière est également accordée à la mise en place d'un environnement réglementaire favorable, notamment en matière de cybersécurité et de concurrence, tout en intégrant des solutions énergétiques hybrides pour garantir la résilience des réseaux.
Les retombées attendues sont considérables. Le projet pourrait générer jusqu'à 2,8 millions d'emplois sur l'ensemble de son cycle de vie et faire progresser le taux de pénétration du haut débit de 45 % à environ 70 % d'ici 2030. Pour les autorités nigérianes et leurs partenaires, il s'agit d'un levier décisif pour convertir le potentiel démographique et économique du pays en opportunités concrètes, en donnant aux populations, notamment les jeunes, les moyens de s'insérer dans une économie de plus en plus numérique.
Cette initiative s'inscrit dans les grandes orientations stratégiques du Nigéria, notamment sa Vision 2050 et son plan de développement à moyen terme, tout en répondant aux ambitions continentales portées par l'Agenda 2063 de l'Union africaine. Elle traduit une conviction de plus en plus partagée sur le continent, celle que l'accès à une connectivité de qualité constitue désormais une infrastructure aussi essentielle que les routes ou l'énergie pour soutenir la croissance et l'inclusion économique.
Fanuelle YAO
Fanuelle YAO
Publié le 13/04/26 14:37
La Rédaction
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CEMAC