Le Ghana montre des signes d'un retour progressif à la crédibilité financière. L'agence Moody's Ratings a relevé ce 10 avril la perspective du pays de " stable " à " positive ", tout en maintenant sa note souveraine à Caa1, un niveau extrêmement spéculatif proche du défaut de paiement. Un signal encourageant, qui reflète une amélioration des équilibres macroéconomiques après une période de fortes turbulences marquée par la restructuration de la dette.
Un début d'accalmie sur le front financier
Au cœur de cette décision, selon l'agence, une détente progressive des conditions de financement domestique. Après avoir culminé à des niveaux critiques, les taux des bons du Trésor ont nettement reculé, facilitant le financement de l'État à moindre coût. Les rendements à 364 jours sont en effet revenus à 9,8 % fin mars 2026, contre 12,9 % en septembre 2025 et près de 30 % fin 2024, réduisant mécaniquement la charge d'intérêt.
En parallèle, l'inflation a fortement ralenti, tombant à 3,2 % en mars 2026, sous l'effet combiné d'une politique monétaire restrictive, d'un repli des prix alimentaires et d'un certain regain de stabilité de la monnaie.
Cette évolution a permis à la banque centrale de réduire ses taux directeurs, redonnant de l'oxygène à l'économie. Résultat : la charge d'intérêt de l'État, qui pesait lourdement sur les finances publiques, commence à s'alléger. Elle pourrait se stabiliser autour de 20 à 25 % des recettes dans les prochaines années, contre des niveaux nettement plus élevés récemment, note Moody's.
Autre avancée notable : le retour progressif du Ghana sur le marché des obligations à moyen et long terme. Après la restructuration de la dette domestique en 2023, qui avait fortement limité ces émissions, le pays a réussi à émettre en avril 2026 une obligation à sept ans, un premier test réussi pour allonger la maturité de sa dette et réduire sa dépendance au court terme.
Une économie encore vulnérable aux chocs
Malgré ces progrès, la situation reste fragile, explique l'agence. L'économie ghanéenne demeure exposée à de nombreux risques, notamment externes. Le pays dépend fortement des exportations de matières premières, en particulier l'or qui représente près des deux tiers de ses recettes d'exportation. Une baisse des cours pourrait rapidement fragiliser les équilibres extérieurs et peser sur la monnaie.
Par ailleurs, en tant qu'importateur net de carburants, le Ghana reste sensible aux fluctuations des prix de l'énergie, dans un contexte international incertain marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Une hausse des prix du pétrole pourrait raviver l'inflation et compliquer la trajectoire de stabilisation.
Sur le plan interne, plusieurs fragilités persistent : une base fiscale étroite limitant les marges de manœuvre budgétaires, une part importante de la dette libellée en devises, et un profil de remboursement encore tendu. Près de 40 % de la dette domestique arrive à échéance à court terme, ce qui expose le pays à un risque élevé de refinancement.
Dans ce contexte, le soutien des partenaires internationaux reste déterminant. Le Ghana bénéficie notamment de l'appui du FMI, dont les programmes contribuent à encadrer les réformes économiques et à restaurer la confiance des investisseurs.
Et ces efforts commencent à porter leurs fruits : la dette publique a nettement reculé, passant d'environ 70 % du PIB en 2024 à moins de 50 % en 2025, selon les estimations. Une évolution notable, même si elle reste en partie liée à des effets de change et à la restructuration de la dette.
Le pays peut également s'appuyer sur des institutions relativement solides et une stabilité politique qui contrastent avec certains de ses voisins, des atouts importants pour maintenir le cap des réformes.
Pour Moody's Ratings, la perspective positive traduit avant tout un potentiel d'amélioration. Les prochains mois seront décisifs pour confirmer cette trajectoire se confirme.
Publié le 13/04/26 13:38
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC