L'agro-industrie s'impose comme l'un des principaux leviers de transformation économique du continent africain. Face à un marché alimentaire appelé à atteindre 1 000 milliards de dollars d'ici 2030, la Banque mondiale estime que le développement des chaînes de valeur agricoles peut générer des millions d'emplois, réduire la dépendance aux importations alimentaires et accélérer l'intégration commerciale du continent.
‘'L'heure de l'agro-industrie a sonné pour l'Afrique'', affirme l'institution, qui voit dans ce secteur un moteur de croissance capable de répondre simultanément aux défis de l'emploi, de la sécurité alimentaire et de l'industrialisation.
L'Afrique veut transformer son potentiel agricole en moteur de croissance
Malgré des terres agricoles abondantes, le continent importe encore près de 65 milliards de dollars de produits alimentaires chaque année. Un paradoxe que la Banque mondiale explique par une faible productivité agricole. En moyenne, les agriculteurs africains produisent seulement un tiers des rendements observés en Asie et à peine un dixième de ceux enregistrés dans les pays de l'OCDE.
Pour l'institution, l'amélioration des rendements, combinée au développement de chaînes de valeur agroalimentaires performantes et à une intégration régionale plus poussée, constitue l'un des plus puissants gisements de création d'emplois. ‘'L'agro-industrie apparaît comme une réponse incontournable'' aux besoins d'emploi qui s'expriment partout sur le continent, souligne-t-elle.
L'Angola ouvre la voie avec un pacte ambitieux
Premier pays à concrétiser cette stratégie dans le cadre de l'initiative mondiale AgriConnect, l'Angola déploiera entre 2026 et 2030 un vaste programme destiné à moderniser son secteur agroalimentaire.
Les objectifs affichés sont particulièrement ambitieux : 700 000 emplois à créer, 2,2 milliards de dollars de valeur ajoutée par an et 1,45 milliard de dollars de financements publics et privés à mobiliser d'ici 2030. Le programme devrait également bénéficier à près de 7,9 millions de personnes, tout en réduisant la dépendance alimentaire du pays.
Le pacte cible plusieurs filières stratégiques, notamment les cultures vivrières, le café, les fruits tropicaux, l'élevage et la foresterie commerciale. Sa particularité réside dans une approche intégrée couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la transformation, au stockage, au transport et à l'accès aux marchés.
Une dynamique appelée à s'étendre au continent
La Banque mondiale souligne que l'Angola n'est qu'un point de départ. L'Éthiopie, le Kenya, le Rwanda, le Mozambique, la Tanzanie et l'Ouganda élaborent déjà leurs propres pactes AgriConnect, avec l'ambition de faire de l'agro-industrie un pilier de leur développement économique.
L'institution estime que la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine renforcera cette dynamique en favorisant les échanges régionaux, l'émergence de chaînes de valeur transfrontalières et les investissements privés.
‘'La fenêtre d'opportunité est ouverte, les outils sont en place et la dynamique est réelle'', conclut la Banque mondiale, convaincue que l'agro-industrie représente désormais l'une des plus importantes opportunités de croissance et de création d'emplois en Afrique.
Pour rappel, AgriConnect est une initiative du Groupe de la Banque mondiale destinée à transformer les systèmes agricoles de 300 millions de petits exploitants, à stimuler la création d'emplois et à renforcer la sécurité alimentaire mondiale. Cette ambition repose sur un constat majeur : les quelque 500 millions de petits exploitants agricoles à travers le monde assurent l'essentiel de la production alimentaire mondiale.
Publié le 04/08/26 10:08
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC