Le Cameroun continue d'entretenir des relations commerciales beaucoup plus intenses avec l'Europe et l'Asie qu'avec ses partenaires africains immédiats. C'est le constat qui ressort du rapport sur le commerce extérieur 2024, publié par l'Institut national de la statistique (INS) en collaboration avec la Direction générale des Douanes (DGD) du ministère des Finances.
Malgré la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui vise à stimuler les échanges intra-africains en réduisant progressivement 90% des droits de douane, les flux commerciaux entre le Cameroun et les autres pays du continent restent marginaux.
En 2024, les importations originaires d'Afrique ne représentent que 10,9% des dépenses totales d'importations, tandis que les exportations camerounaises à destination du continent plafonnent à 9,4% des recettes totales.
En valeur, le Cameroun a importé en 2024 pour 541,4 milliards FCFA de biens en provenance des pays africains, contre 4 457,9 milliards de FCFA venant du reste du monde. Le Nigéria domine ce sous-groupe avec 149,8 milliards FCFA, suivi de la Côte d'Ivoire (58,3 milliards FCFA), du Togo (45,4 milliards), du Maroc (45,3 milliards FCFA) et de la Mauritanie (44,3 milliards FCFA).
Aucun pays africain ne dépasse les 3 % du total des importations camerounaises, alors que la Chine, premier fournisseur, concentre à elle seule 22,2% des parts de marché (1 107,7 milliards FCFA).
Cette asymétrie est d'autant plus frappante que le Cameroun partage des frontières terrestres avec six pays (Nigéria, Tchad, République centrafricaine, Guinée équatoriale, Gabon et Congo). Pourtant, seuls le Nigéria et le Gabon apparaissent dans le classement des dix premiers fournisseurs africains, avec des parts respectives de 3% et 0,5%.
Côté exportations, la dépendance aux marchés extérieurs est encore plus visible. En 2024, les recettes d'exportation du Cameroun atteignent 3 252,2 milliards FCFA, en hausse de 8,8% après la forte contraction de 2023 (-14,2%).
Mais la répartition géographique des clients met en évidence la marginalité africaine. Les Pays-Bas (19,2%), la Chine (16,5%), l'Inde (10,1%), l'Italie (6,4%) et la France (5,7%) constituent les cinq premiers débouchés du pays. Ensemble, les six premiers partenaires concentrent 62,8% des recettes.
Dans ce classement, le Tchad est le seul pays africain à figurer dans le top 10 des clients, avec une part de marché de 4,3% (138,9 milliards de FCFA). À titre de comparaison, la Chine seule a absorbé 535,1 milliards de FCFA d'exportations camerounaises, essentiellement du pétrole brut (83%) et du gaz naturel liquéfié (8%).
La Zlecaf, officiellement entrée en vigueur en 2021, ambitionne de créer un marché unique africain de 1,2 milliard de consommateurs. L'objectif est d'augmenter la part du commerce intra-africain, qui ne représente aujourd'hui que 18 % des exportations du continent, contre 58 % en Asie et 67% en Europe.
En 2022, le Cameroun est devenu pionnier avec le Ghana dans la concrétisation du projet. La PME GIC Afatex a exporté vers Accra une cargaison de safous, d'ananas séchés et de thé au gingembre bénéficiant des préférences tarifaires de la ZLECAf. Dans le même temps, le port de Douala a accueilli des cargaisons de céramiques ghanéennes bénéficiant du dispositif.
"Nous sommes désormais en mesure de démontrer que la ZLECAf […] est une réalité", a déclaré alors Wamkele Mene, secrétaire général de l'institution.
Mais ces initiatives demeurent encore marginales. Sur les 44 pays ayant ratifié l'accord, seuls huit Cameroun, Ghana, Kenya, Égypte, Rwanda, Île Maurice, Tanzanie et Tunisie ont accepté de tester la phase opérationnelle.
Perton Biyiha
Publié le 02/10/25 13:15
La Rédaction
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CEMAC