Selon les dernières données consultées par Sika Finance, 31 pays en Afrique subsaharienne sur 48 ont un taux d'endettement d'au moins 50% du PIB. Dans ce lot, près de la moitié se trouve en situation de surendettement (taux d'endettement supérieur ou égal à 70% du PIB), quand l'autre moitié est fortement menacée de l'être.
Si cette situation a été en grande partie exacerbée par la pandémie de la Covid-19, cependant "ce serait une erreur de rejeter la faute sur la pandémie (…). Car on trouvait, bien avant la Covid-19, les prémices de la situation actuelle", selon Marcello Estevão et Sebastian Essl respectivement directeur macroéconomie, commerce et investissement et senior économiste à la Banque mondiale.
En effet, pour ces auteurs, l'endettement avait déjà bondi de 27% du PIB en moyenne en Afrique subsaharienne entre 2011 et 2019.
Qu'est-ce qui avait alors conduit à tel creusement de la dette avant la crise sanitaire ? La réponse de nos deux auteurs est sans ambages : "C'est tout simplement le résultat de mauvais choix politiques", car il ne s'agit pas de chocs économiques que les gouvernements ne pouvaient pas prévoir.
Selon leur analyse, les déficits primaires (dépenses supérieures aux recettes) persistants ont été le principal moteur de l'endettement de ces pays, qui vivaient tout bonnement au-dessus de leurs moyens. A titre d'illustration, l'augmentation médiane de la dette publique attribuable aux déficits primaires a grimpé jusqu'à 18% du PIB en Afrique subsaharienne entre 2011 et 2019, tandis qu'elle ne représentait qu'un peu plus de 5% en Asie du Sud.
"Les gouvernements ont accumulé des déficits primaires non pas pour réaliser des investissements productifs à long terme, mais pour payer les factures courantes. Ils se sont beaucoup plus endettés pour payer les salaires des fonctionnaires que pour construire des routes, des écoles et des usines", ont-ils soutenu.
En effet, sur un échantillon analysé de 33 pays subsahariens, les dépenses courantes ont dépassé les investissements en capital dans un rapport de près de trois pour un.
"Rien de cela n'a servi à renforcer leur capacité à rembourser leur dette. Ces pays n'ont pas non plus choisi d'emprunter dans de bonnes conditions, auprès de prêteurs multilatéraux offrant des taux de financement concessionnels", ont-ils poursuivi.
Par exemple, en 2010, les prêteurs multilatéraux représentaient 56% de la dette publique et garantie par l'État des pays d'Afrique subsaharienne, alors que cette part n'était que de 45% en 2019.
Cette situation qui a été longtemps masquée par une croissance économique soutenue – cette dernière ayant réduit la dette publique de l'équivalent d'environ 12% du PIB – est aujourd'hui explosive, du fait de l'inflation élevée, la hausse des taux d'intérêt et le ralentissement de la croissance.
La nécessaire urgence des réformes
De ce qui précède, ces auteurs recommandent dès maintenant l'adoption de bonnes politiques pour réparer une grande partie des dégâts. Il s'agit notamment d'accélérer la croissance économique, les réformes fiscales ainsi que la restructuration de la dette.
Publié le 25/07/22 18:34
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC