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L’épargne des Africains : Importance, obstacles et perspectives

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La mobilisation de l'épargne intérieure est importante pour le développement des pays africains. Cela leur donnerait la flexibilité pour mettre en œuvre des politiques adaptées. Malgré les enjeux majeurs qu'elle représente, la mobilisation de l'épargne domestique en Afrique sub-saharienne est confrontée à de nombreux obstacles.

L'importance de la mobilisation de l'épargne intérieure

On estime que l'Afrique perd chaque année des centaines de milliards de dollars à cause de la fuite des capitaux, de la fraude fiscale, du rapatriement des profits par les sociétés multinationales et du montant élevé du remboursement de la dette extérieure. Cependant, le large “secteur informel” de l'économie possède des  ressources financières considérables qui ne sont pas déposées sur des comptes en banque et qui ne passent pas non plus par d'autres canaux du secteur financier traditionnel.

Selon Samuel GAYI, économiste principal pour l'Afrique à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), si les riches africains décidaient d'investir leurs revenus en Afrique plutôt qu'en dehors du continent, si les 80 % d'Africains qui n'ont pas de compte en banque avaient accès aux services financiers du secteur bancaire conventionnel et si les gouvernements africains investissaient leurs revenus nationaux de manière productive, les taux d'épargne augmenteraient considérablement et l'Afrique pourrait peut-être satisfaire ses besoins en ressources financières et au-delà.

Les obstacles à la mobilisation efficace de l'épargne en Afrique sub-saharienne

L'un des principaux obstacles à la mobilisation efficace de l'épargne en Afrique sub-saharienne est l'inadéquation des services financiers. Les banques traditionnelles n'ont pour clients que 20 % des Africains, ce qui signifie que 80 % des Africains n'ont pas accès aux services financiers du secteur bancaire conventionnel. De plus, l'éloignement physique des institutions bancaires peut représenter un coût tel que le rendement de l'épargne devient négatif, même s'il est positif en apparence, ce qui incite les petits épargnants à se tourner vers le secteur informel.

A ces obstacles il faut ajouter l'absence d'une vision prospective pour le secteur de l'épargne informelle. Plutôt que d'encadrer et d'aider à la formalisation de la pratique, permettant ainsi de drainer des flux de capitaux dans le système, des pays comme le Cameroun ont opté pour des gains de court terme en décidant de taxer les tontines !  

 Le secteur informel et l'épargne

Le secteur informel attire plus d'épargnants en Afrique car il offre des services financiers plus accessibles et plus adaptés aux besoins des populations africaines. Par exemple, les tontines ou associations d'épargne et de crédit offrent à la fois de l'épargne et du crédit aux " petites gens " ce qui leur permet de mettre en commun leurs ressources pour réaliser des investissements ou faire face à des imprévus.

Ces formes d'organisation offrent également un accès plus simple au crédit, un besoin très élevé en Afrique sub-saharienne. La plus grande partie de la population étant exclue de l'accès au crédit, les individus n'ont plus d'autre choix que de se tourner vers le secteur informel, notamment les tontine, nonobstant leur taux d'épargne négatif. Au Rwanda, 42% des citoyens ont recours à la tontine pour financer leurs projets, tandis que la bancarisation de la population plafonne à 23%.  " Nos populations font rarement confiance aux banques classiques. Les agriculteurs sont les premiers à solliciter les services des tontines. Ils sont jusque-là très satisfaits, étant dispensé des démarches requises par une banque formelle ", expliquait Thomas Kigabo, économiste en chef à la Banque Nationale du Rwanda (BNR), dans un entretien avec l'agence de presse turque Anadolu. Au Togo, on estimait en 2016 que la tontine apportait entre 70 et 75 milliards de Fcfa au système financier.

Quelles solutions pour améliorer l'accès aux services financiers en Afrique ?

L'amélioration de l'accès aux services financiers en Afrique passera par divers canaux :

L'innovation technologique : L'utilisation des technologies de téléphonie mobile permet de réduire la distance entre les institutions financières et les utilisateurs. Ces technologies étant déjà largement répandues et utilisées, l'étape suivante serait de rendre accessibles tous les services financiers via ce canal. Les produits d'épargne et de crédit devraient donc être massivement proposés via ces canaux afin d'augmenter le taux de mobilisation.

En plus de cela, l'éducation financière est une clé importante. Les populations Africaines en général épargnent beaucoup mais cette épargne n'est pas active. Elle ne travaille pas pour leurs propriétaires de manière à les affranchir à long terme du joug de la pauvreté. Au final, l'individu épargne toute sa vie mais en bénéficie moins qu'il le devrait. Une meilleure éducation financière des masses, disponible dans toutes les langues locales améliorerait considérablement le taux de mobilisation de l'épargne domestique africaine.

Pour finir, il faudrait une amélioration de l'infrastructure financière. Le système financier dans nos pays, notamment en Afrique francophone dans son état actuel n'est pas tout à fait adapté à nos besoins. Un certain nombre d'améliorations notamment en termes de réglementation, de supervision et de protection des consommateurs, peut contribuer à renforcer la confiance dans le système financier et encourager les populations africaines à utiliser les services financiers.

Par Malick AMADOU

Ingénieur financier béninois,

Directeur Général Adjoint de l'Africaine de Gestion d'Actifs (AGA)

Publié le 03/08/23 14:01

La Rédaction

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