"(…) faire de l'industrie extractive de notre pays un second levier d'une croissance économique soutenue, inclusive et respectueuse de l'environnement, à côté du secteur agricole", tel est le leitmotiv affiché par Mamadou Sangafowa Coulibaly, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Energie. Il s'exprimait à la faveur de la cérémonie de célébration de la mise en production du gisement Baleine ce 23 novembre à Abidjan.
Baleine, le plus grand gisement commercial jamais enregistré en Côte d'Ivoire, dont l'exploitation commerciale a démarré en août dernier, soit moins de deux ans après sa découverte, est le nouveau symbole d'une économie ivoirienne qui se diversifie avec la mise en valeur des richesses de son sous-sol. Une volonté affirmée par les autorités ivoiriennes traduite par la promotion du bassin sédimentaire ivoirien qui attire de plus en plus d'investisseurs. Selon le ministre, sur ces dix dernières années, le pays a signé 59 contrats dans l'amont pétrolier (recherche et production), "contre un cumul de 38 contrats signés jusqu'en 2011".
Un choix qui s'est avéré judicieux avec la découverte de Baleine, qui annonce ‘'l'entrée très prochaine'' du pays ‘'dans le cercle envié des pays producteurs de pétrole.'' Avec une production de 18 000 barils jour, dès la première phase d'exploitation, le gisement va produire 50 000 barils jour lors de la seconde phase prévue en décembre 2024 puis 150 000 barils à l'horizon 2027. Ajouté à la production habituelle du pays, la production journalière à cette échéance est attendue à ‘'200 000 barils''.
En outre, avec des ressources gazières associées estimées à ‘'3,300 milliards de pieds cubes de Gaz Naturel'', Baleine va porter sa production "dans le même horizon à 200 millions de pieds cubes/jour".
Si pour l'Etat ivoirien ce sont d'importantes ressources financières en perspective pour accélérer son développement, ces richesses devraient avoir un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'économie ivoirienne. Le ministre a en effet relevé que la production gazière viendra alimenter les centrales thermiques qui génèrent la grande partie de la production électrique nationale, renforçant le statut du pays comme hub énergétique régional. Mais également, la bonne teneur en butane dont recèle Baleine sera d'un apport essentiel pour faire face à la demande croissante de gaz domestique pour les ménages. "Pour le butane, c'est 150 000 tonnes métriques par an qui seront produits, soit le tiers de la consommation actuelle des ménages ; ce qui nous rendra moins dépendant des importations", a-t-il souligné.
Contenu local
En outre, l'autre engagement perceptible de la politique d'exploitation pétrolière, relevant son approche inclusive, est la promotion du contenu local. Si, comme l'a souligné Mamadou Sangafowa Coulibaly, la société à capitaux locaux KUYO PIPELINE, "a réalisé le gazoduc de 80 km depuis la plateforme de production jusqu'à Lion GPL, la station de traitement de PETROCI", l'on note que pour la première fois, des acteurs locaux, PETROCI et ICE Oil, ont pu conclure avec l'Etat ivoirien des contrats de recherche et d'exploitation pétroliers. "(…) la valorisation locale des ressources minérales, le recours aux biens et services produits localement et la création d'un cadre propice à l'émergence de champions nationaux dans ce secteur capitalistique, conduiront à la création de richesses partagées, pour une Côte d'Ivoire solidaire", a mis en relief le ministre.
Biocarburant
Par ailleurs, il est bon de noter que l'exploitation de Baleine s'aligne sur les exigences de durabilité avec une approche "net zéro émission de gaz à effet de serres". Autrement dit, l'opérateur ENI, qui exploite le gisement, met en œuvre un programme visant à compenser les émissions de CO2 issues des activités de production.
Ainsi, outre un plan de distribution de foyers améliorés aux ménages en vue de réduire l'utilisation de bois de chauffe, la major italienne accompagne la préservation de 150 000 hectares de forêts. Et, l'acte majeur de cette approche est la production de biocarburants à partir de résidus d'hévéa ; des résidus rejetés en temps normal dans la nature et qui vont constituer une source de revenu supplémentaire pour les paysans. A ce propos, le ministre a annoncé une production de 40 000 barils par jour, bien plus importante que les quelques 30 000 barils jour que produit actuellement la Côte d'Ivoire.
Publié le 29/11/23 08:33
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC