Les récentes manifestations au Nigéria contre la hausse du coût de la vie, ayant entraîné des pertes humaines, mettent le gouvernement nigérian en situation d'urgence, le contraignant à réagir rapidement.
En effet, une flambée généralisée des prix est très persistante dans ce pays qui est le plus peuplé du continent africain. Et cela est perceptible à travers l'inflation qui est passée de 24,08% en juillet 2023, en glissement annuel, à 34,19% en juin 2024, soit son plus haut niveau depuis 28 ans.
Les produits alimentaires sont les principaux responsables de cette flambée des prix. Par exemple, l'inflation alimentaire au Nigéria a atteint 40,87% en juin 2024, comparativement à 26,98% en juillet 2023.
Cette situation, indiquant une pénurie de produits alimentaires, s'explique par la forte dépendance d'Abuja aux importations pour son approvisionnement alimentaire, une situation aggravée par les incertitudes économiques mondiales.
La facture des importations de produits alimentaires du pays a atteint 689,88 millions de dollars au premier trimestre 2024, contre 493,24 millions de dollars au quatrième trimestre 2023, soit une augmentation de 40%.
De plus, la dépréciation du naira est l'un des facteurs contribuant à la flambée des prix dans le pays le plus peuplé d'Afrique. Entre le 5 juin 2023 et le 5 août 2024, la monnaie locale nigériane a chuté de près de 242% par rapport au dollar américain, le taux de change passant de 468,51 nairas à 1 602 nairas pour un dollar.
Cette dépréciation de la monnaie locale entraîne une augmentation du coût des produits importés, aggravant une situation déjà critique.
Par ailleurs, la forte dépendance du Nigeria aux importations de denrées alimentaires réduit ses réserves de change. Celles-ci ont diminué de 26,5%, passant de 37,5 milliards de dollars en 2022 à 27,4 milliards de dollars fin 2023. Ce niveau de réserves assure au pays 5,7 mois d'importations de biens et services depuis 2022, contre 7 mois en 2021, ce qui tend à affaiblir davantage la monnaie locale.
Or pour contenir l'inflation à court terme, le pays souhaite augmenter les importations grâce à une politique d'incitation qui suspend les taxes sur certains produits alimentaires de première nécessité tels que le riz et le blé.
Cependant, cette approche pourrait contribuer à une dépréciation supplémentaire du naira, alimentant ainsi la flambée des prix. Les autorités nigérianes se trouvent donc face à une équation difficile, devant proposer des solutions viables à court terme alors que la colère de la population continue de croître.
DONGO Henri
Publié le 06/08/24 16:46
La Rédaction
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CEMAC