Selon les informations communiquées lors de la cérémonie présidée par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, l'État du Cameroun a acquis les 58,08% de participation détenus par Société Générale dans sa filiale locale pour un montant de 129 milliards de FCFA, soit environ 230,5 millions de dollars. Cette acquisition s'ajoute aux 25,60% déjà détenus par l'État, qui contrôle désormais 83,68% du capital de la banque. Les 16,32% restants appartiennent à Sanlam-Allianz.
À travers cette opération, les autorités camerounaises entendent sécuriser la continuité des activités de l'un des principaux établissements bancaires du pays, dans un contexte marqué par la réorganisation des activités africaines du groupe français.
" Face à la décision stratégique du groupe Société Générale de réorganiser ses activités en Afrique et de se retirer du capital de certaines filiales, l'État du Cameroun a fait le choix d'agir avec responsabilité et méthode, dans le souci de préserver les intérêts nationaux, de garantir la stabilité du système financier et d'assurer la continuité des activités ", a déclaré le ministre des Finances.
Cette prise de contrôle s'accompagne d'un changement d'identité pour la banque, qui abandonne l'enseigne Société Générale Cameroun après plus de six décennies d'activité. Fondé en 1963, l'établissement opère désormais sous la dénomination General Bank of Cameroon.
Les autorités ont par ailleurs insisté sur le maintien normal des opérations durant la phase de transition. Gilbert Didier Edoa, secrétaire général du ministère des Finances, a assuré que les clients ne seraient pas affectés par le changement d'actionnariat ni par le rebranding de l'établissement.
" Pour les clients, rien, absolument rien ne change. Toutes les dispositions sont prises pour que le fonctionnement de la banque reste le même et que la transition soit gérée et maîtrisée par les deux parties. Tout ce qui concerne les logiciels, les systèmes informatiques, etc., sera géré dans ce cadre ", a-t-il indiqué.
Dans le même esprit, le ministre des Finances a confirmé l'ouverture d'une période transitoire consacrée aux questions technologiques et opérationnelles. Celle-ci doit permettre, selon ses propos, " la maîtrise des aspects techniques liés aux plateformes informatiques ainsi que l'accompagnement des équipes dans la mise en œuvre des dispositifs technologiques ".
Au moment de son changement de contrôle, l'établissement affiche des indicateurs financiers supérieurs aux seuils réglementaires fixés par la COBAC. Les données présentées par les autorités montrent qu'au premier trimestre 2026, la banque disposait de 138 milliards FCFA de fonds propres nets et d'un portefeuille de 250 000 relations clients.
Le ratio de couverture des risques atteint 20,5%, soit bien au-dessus du minimum réglementaire fixé à 11,5%. Le niveau de liquidité s'établit, quant à lui, à 211%, contre une norme prudentielle de 100% dans la zone CEMAC.
Si l'objectif immédiat affiché par les autorités est d'assurer la continuité des activités de cette institution majeure du secteur bancaire camerounais, l'État n'exclut pas, à terme, une ouverture du capital à de nouveaux investisseurs.
Le ministre des Finances l'a d'ailleurs souligné dans son communiqué : " Le ministre des Finances rassure l'ensemble des parties prenantes que l'État entend préserver, dans la durée, la bonne gouvernance, la transparence et la performance de la banque, tout en envisageant, à terme, l'ouverture du capital à d'autres partenaires stratégiques nationaux et/ou internationaux."
Cette stratégie rappelle le précédent de Commercial Bank Cameroon (CBC). En 2009, l'État avait pris le contrôle de cette banque pour éviter sa faillite, avant d'engager, en 2024, un processus de cession partielle du capital.
Le plan de désengagement de CBC, présenté par le directeur général du Trésor, Moh Sylvester Tangongho, prévoit ainsi la cession de 51% des actions à un investisseur stratégique, l'introduction de 30% du capital à la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale (BVMAC) et le maintien de 17% des parts dans le portefeuille public.
Publié le 12/05/26 17:26
La Rédaction
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CEMAC