Le 2 septembre 2026, le ministre des Finances a accordé un ultime délai de sept jours aux salariés du secteur public et parapublic ainsi qu'aux hautes personnalités qui n'avaient pas encore souscrit leur déclaration annuelle de revenus au titre de l'exercice 2025. Ceux-ci avaient déjà bénéficié d'un premier report, l'échéance initialement fixée au 31 juillet ayant été repoussée au 30 août. Cette fois, le ton est plus ferme. À l'expiration du nouveau délai, les contribuables défaillants s'exposent à la " publication de leurs noms dans le journal officiel ", à une " taxation d'office avec majorations " et à une amende forfaitaire de 100 000 FCFA.
Cette sortie musclée du gouvernement, au relent plutôt sentencieux, sonne surtout comme une énième tentative d'inciter les contribuables à se conformer à une obligation qui reste relativement nouvelle pour les particuliers camerounais. Dans les faits, pourtant, il ne s'agit pas d'un nouvel impôt. La déclaration annuelle des revenus des contribuables non professionnels avait été suspendue en 2004, avant d'être réintroduite en 2021. La Direction générale des impôts (DGI) rappelle d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'un nouvel impôt, mais d'une obligation déclarative portant sur un impôt qui existait déjà.
Une obligation encore difficile à faire entrer dans les habitudes
Près de cinq ans après cette réintroduction, l'adhésion des contribuables reste toutefois incomplète, particulièrement depuis la généralisation du dispositif en 2024. Pour les revenus de 2023, la date limite avait initialement été fixée au 30 juin. Elle a ensuite été repoussée au 30 septembre, puis au 1er décembre. Cette dernière échéance ayant coïncidé avec un dimanche, elle avait été reportée au 2 décembre, avant qu'un nouveau délai ne soit accordé jusqu'au 9 décembre. Au total, les contribuables avaient ainsi bénéficié de plus de cinq mois supplémentaires par rapport au calendrier initial.
Ces reports ne traduisaient cependant pas uniquement les réticences des contribuables. La plateforme de télédéclaration avait elle-même connu des difficultés. En août 2024, le quotidien Cameroon Tribune rapportait des problèmes d'enregistrement et d'accès au service. De son côté, son supplément consacré au traitement des informations économiques, Cameroon Business Today, évoquait des bugs, des engorgements de dernière minute et une certaine confusion autour de cette première campagne de grande ampleur. La loi de finances 2025 a par la suite réorganisé le calendrier, en répartissant les échéances entre plusieurs catégories de contribuables, notamment afin de limiter les risques de saturation de la plateforme.
Malgré ces difficultés, la campagne 2024 avait finalement permis de collecter environ 15 milliards de FCFA au titre de cette nouvelle déclaration annuelle, contre un objectif de 25 milliards de FCFA fixé par la DGI, soit un taux de réalisation de 60 %. Ce montant ne doit toutefois pas être confondu avec les recettes globales d'IRPP, qui avaient atteint 357,5 milliards de FCFA en 2024. Les 15 milliards de FCFA correspondent aux recettes liées au dispositif déclaratif des contribuables non professionnels.
Les failles de la télédéclaration freinent encore l'adhésion
Pour tenter de fluidifier le processus et d'améliorer l'adhésion, le dispositif a depuis été renforcé. La déclaration préremplie a notamment été introduite en 2025 afin de faciliter les démarches des contribuables. Mais cette évolution n'a pas encore permis de lever toutes les difficultés. Une enquête de satisfaction réalisée par la DGI fait apparaître une satisfaction globale de seulement 29,60 % concernant la télédéclaration des particuliers. L'accessibilité obtient 26,01 %, la rapidité et les délais de réponse 19,83 %, tandis que l'assistance et le support en ligne recueillent seulement 19,11 % de satisfaction.
À ces difficultés opérationnelles s'ajoute la question de la couverture du dispositif. Selon l'exposé des motifs de la loi de finances 2026, plus d'un million de contribuables avaient souscrit leur déclaration au terme du premier exercice. Pour l'exercice suivant, plus de 700 000 personnes étaient inscrites sur la plateforme, alors que le fichier théorique comptait 2,1 millions de personnes imposables. L'écart entre ces différents chiffres illustre les difficultés persistantes à transformer l'obligation légale en une pratique fiscale largement intégrée par les particuliers.
Cette situation camerounaise n'est toutefois pas nécessairement représentative de la manière dont la fiscalité des revenus des particuliers est organisée dans les autres économies de la région. La comparaison avec la Côte d'Ivoire montre notamment que les deux pays n'ont pas fait le même choix en matière de déclaration annuelle globale des revenus.
Abidjan dispose toujours de l'Impôt général sur le revenu (IGR), mais l'obligation de déclaration annuelle globale par le détenteur du revenu est suspendue depuis 2017. Cela ne signifie pas pour autant que les revenus des particuliers échappent à l'impôt en Côte d'Ivoire. Le pays dispose d'un système de prélèvement sur les salaires ainsi que d'une plateforme de télédéclaration. Une réforme appliquée à partir de 2024 a par ailleurs fusionné plusieurs prélèvements sur les salaires en un prélèvement unique, avec une taxation progressive. En 2024, les prévisions de recettes au titre de l'IGR s'établissaient à 828,3 milliards de FCFA.
L'IRPP est un impôt annuel qui porte notamment sur les traitements et salaires, les pensions, les rentes viagères, les revenus fonciers et certains revenus de capitaux mobiliers. Pour un salarié, le revenu imposable est déterminé à partir du salaire brut, des primes et des avantages en nature, après application des déductions prévues par la loi.
Claude Paul Tjeg
Publié le 10/09/26 11:39
La Rédaction
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