Entré en vigueur en août 2016, l'Accord de partenariat économique (APE) entre le Cameroun et l'Union Européenne (UE) a déjà fait perdre au pays 61,2 milliards de FCFA (environ 94 millions d'euros) de recettes fiscales et douanières. L'information a été révélée par le ministre camerounais de l'Economie, Alamine Ousmane Mey au cours d'une réunion de suivi de cet accord commercial qui s'est tenue le 5 juillet à Yaoundé. Ces pertes tiennent de ce que le Cameroun, dans le cadre de cet accord, est tenu d'admettre sur son territoire et en franchise de douane certains produits en provenance de l'UE.
Le démantèlement des tarifs douaniers se fait progressivement. Ce qui signifie qu'une fois tous les produits exonérés, les pertes pour le pays devraient être plus significatives. De quoi susciter des inquiétudes côté camerounais. "Sur la base de la projection de ces manques à gagner, il est légitime d'envisager des actions adéquates dans le cadre de cet accord en vue de soutenir vigoureusement le Cameroun dans sa quête de développement et d'investissements infrastructurels", a lancé Alamine Ousmane Mey.
La contrepartie pour le Cameroun dans le cadre de l'APE est le libre accès au marché européen (448 millions de consommateurs). Sur ce point, renseigne le membre du gouvernement, une cinquantaine d'entreprises camerounaises ont déjà bénéficié des préférences commerciales, notamment pour acquérir des équipements de production sur le marché européen, mais aussi pour vendre leurs produits sur ledit marché. Seulement, les acteurs locaux ne profitent pas assez de cette facilité compte tenu des contraintes imposées par l'Europe. En 2021, par exemple, plusieurs cargaisons d'ananas, de café, d'arachide… en provenance du Cameroun ont été refoulées aux portes de l'Europe car contenant des pesticides non autorisés. Bien plus en 2022, la commission européenne a interdit les importations de poissons en provenance du Cameroun pour son manque de coopération dans la lutte contre la pêche illicite.
Le ministre de l'Économie a invité la partie européenne à une réflexion pour mettre en œuvre des mesures de compensation de l'impact fiscal lié à l'APE. Alamine Ousmane Mey souhaite également que s'accélère le volet "développement" prévu dans l'accord. Ce volet vise à mettre à niveau les entreprises locales pour une intégration facile du marché européen. "Après 7 années de mise en œuvre de l'APE par le démantèlement tarifaire côté camerounais, il importe pour les parties à l'accord d'en assurer une mise en œuvre mutuellement bénéfique et soutenable dans un monde de plus en plus ouvert".
Fernand Ghokeng
Publié le 06/07/23 18:15
La Rédaction
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