Le gouvernement camerounais a suspendu, avec effet immédiat, le processus de cession des 82 % de parts détenues par le groupe français Somdia dans la Société sucrière du Cameroun (Sosucam). Cette décision intervient quelques jours seulement après l'annonce, le 13 août dernier, d'un accord entre Somdia et un consortium industriel et financier camerounais pour la reprise de sa participation majoritaire dans l'entreprise.
Dans une correspondance datée du 19 août 2026 et adressée au président-directeur général de Somdia, les services de la Primature indiquent avoir pris bonne note de la volonté du groupe français de céder ses parts, ainsi que des modalités envisagées " en urgence " pour conduire l'opération.
Ils rappellent toutefois le caractère stratégique de Sosucam pour l'État camerounais. " SOSUCAM revêt pour l'État un caractère hautement stratégique, tant au regard de la souveraineté alimentaire du pays que de ses enjeux économiques, sociaux et politiques. C'est sur cette base qu'un Comité stratégique de pilotage a été institué. Cette instance est chargée d'examiner l'ensemble des implications de la cession, d'en apprécier les différents enjeux et de formuler des recommandations destinées à permettre au gouvernement d'arrêter sa position en toute connaissance de cause. Le comité dispose d'un délai de six mois pour mener ses travaux ", précisent les services du Premier ministre.
Un moratoire qui vise l'ensemble des parties prenantes
En attendant les conclusions du comité, la Primature demande à Somdia de surseoir à toute démarche relative au projet de cession, qu'elle soit engageante ou préparatoire. Cette instruction couvre notamment les échanges avec toute personne physique ou morale liée à l'opération, y compris le consortium camerounais initialement retenu par le groupe français, ainsi qu'avec toute administration, institution, partenaire financier ou organe social de SOSUCAM.
La directive s'étend également à toute initiative susceptible de faire progresser le processus de cession ou d'en préfigurer la réalisation. En conséquence, le gouvernement entend qu'aucune évolution ne puisse intervenir avant l'achèvement des travaux du comité et la notification de sa position officielle. La Primature indique compter sur la coopération de Somdia afin que le dossier soit examiné " dans un esprit de confiance mutuelle et dans le respect des intérêts stratégiques de l'État, propriétaire des terres cultivables mises en bail à l'entreprise ".
Le consortium concerné par ce gel réunit cinq investisseurs et opérateurs camerounais, parmi lesquels l'avocat et entrepreneur Joseph Pagop Noupoué, la femme d'affaires Henriette Noutchougouin, le banquier William Nkontchou, l'ingénieur industriel Igor Djoukwé et l'expert-comptable Marcel Tchagongom. Le projet porté par ce groupe repose sur un programme d'investissement de 210 millions d'euros, soit environ 138 milliards de francs CFA, destiné à moderniser l'outil de production et à étendre les infrastructures d'irrigation du domaine agricole de l'entreprise.
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait déjà réuni les différentes parties le 8 juin dernier, après l'annonce par Somdia de son intention de céder sa participation, demandant alors au groupe français de rester impliqué dans l'exploitation de SOSUCAM jusqu'à la prochaine campagne sucrière. La suspension annoncée en août confirme la volonté des autorités de garder la main sur l'issue du dossier
Sosucam occupe une place centrale dans l'approvisionnement du marché camerounais. L'entreprise exploite deux complexes agro-industriels à Mbandjock et Nkoteng, dans la région du Centre, sur un domaine agricole de 27 600 hectares. Fondée en 1965, elle couvre environ un tiers de la consommation nationale de sucre et emploie plusieurs milliers de personnes, dans un marché structurellement déficitaire où la demande annuelle, estimée à 300 000 tonnes, dépasse largement une production locale qui oscille entre 120 000 et 160 000 tonnes. Le Cameroun a ainsi importé 208 443 tonnes de sucre raffiné en 2025, pour une facture de 69,3 milliards de francs CFA.
Claude Paul Tjeg
Publié le 25/08/26 16:55
La Rédaction
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