Le projet de bauxite de Minim Martap reste suspendu au bras de fer entre Canyon Resources et son actionnaire majoritaire, A2MP Investments. Dans une réponse déposée le 2 septembre auprès du régulateur australien, l'investisseur conteste la lecture faite par Canyon de la situation financière et industrielle du projet, alors que Canyon appelle toujours ses actionnaires à refuser l'offre de rachat lancée fin juillet, considérée comme sous-évaluée.
Une valorisation jugée fragile par A2MP
Pour A2MP, la principale faiblesse du scénario présenté par Canyon réside dans les hypothèses utilisées pour déterminer la valeur future de Minim Martap. L'évaluation indépendante accorde notamment une place importante à des ressources qui ne seraient exploitées qu'après les vingt premières années du projet. Or, avec le rythme de production retenu, leur exploitation s'étendrait sur plusieurs siècles. Une projection difficile à concilier avec un permis arrivant à échéance en 2044, dont les éventuels renouvellements seraient limités à des périodes de dix ans.
En février 2026, l'expert indépendant évaluait la valeur de la participation de Canyon Resources dans le projet entre 45 et 115 millions de dollars australiens, avec 80 millions comme estimation la plus probable. Cette valeur n'est plus que de 27 millions six mois plus tard. Pour A2MP, cette variation illustre les limites d'une valorisation qu'elle juge particulièrement sensible aux hypothèses retenues.
Autre désaccord entre les deux parties : Canyon estime désormais la valeur du projet à 538 millions de dollars, contre 521 millions auparavant, soit une hausse de 17 millions. Pour A2MP, cette progression ne reflète toutefois pas une amélioration réelle du projet. Elle s'expliquerait principalement par la modification de la période prise en compte dans le calcul. À méthode comparable, cette valeur aurait au contraire diminué d'environ 33 millions de dollars.
Des contraintes reconnues par Canyon
Les propres documents de Canyon font apparaître plusieurs difficultés auxquelles A2MP entend désormais donner davantage de poids. Le transport de la bauxite représente notamment une charge supplémentaire de 184 millions de dollars dans la nouvelle évaluation. Le budget de construction du projet a parallèlement été porté de 446 à 494 millions de dollars.
Le calendrier industriel s'est également éloigné des objectifs initiaux. La première expédition prévue avant la fin de 2026 n'est plus d'actualité et la production envisagée pour 2027 a été ramenée à 400 000 tonnes, contre 1,2 million auparavant.
Le financement constitue une autre source d'incertitude. AFG Bank a interrompu les nouveaux décaissements de sa ligne de crédit dans l'attente d'un audit complet. Dans le scénario de référence de l'expert indépendant, le projet présenterait par ailleurs un besoin de financement supérieur à 300 millions de dollars. A2MP rappelle qu'elle apporte elle-même sa garantie à cette ligne de crédit depuis mai 2025, aux côtés de Canyon.
L'investisseur estime enfin que plusieurs paramètres restent insuffisamment sécurisés. Les prix futurs de la bauxite ne seraient couverts par aucun contrat ferme et les besoins financiers à partir de 2027 demeureraient en partie non financés. Certaines options présentées par Canyon pourraient en outre nécessiter l'émission de 197 à 278 millions d'actions nouvelles, avec un effet dilutif pour les actionnaires existants.
A2MP souligne également que Canyon ne disposait que de 31 millions de dollars australiens de trésorerie à la fin juillet. Selon ses calculs, une diminution de 4 % seulement du prix de vente de la bauxite pourrait suffire à faire basculer l'entreprise dans le rouge si elle poursuivait seule le développement de Minim Martap.
Le rapport de force évolue
Sur le plan actionnarial, A2MP a déjà renforcé sa position depuis le lancement de son offre. Sa participation en droits de vote est passée de 55,56 % à 56,55 %, après l'apport de titres par plusieurs actionnaires minoritaires.
Cette progression permet à A2MP d'afficher un premier soutien à son opération, alors même que Canyon continue de la contester. Son offre à 0,05 dollar australien par action reste ouverte jusqu'au 21 septembre 2026, sauf prolongation ou retrait.
Au-delà du conflit entre les deux actionnaires, l'enjeu est désormais celui de la capacité du projet de Minim Martap à franchir ses prochaines étapes. Pour le Cameroun, qui attend encore le démarrage effectif de l'exploitation, le règlement de ce différend conditionne toujours la perspective de voir la bauxite entrer en production et générer des recettes minières significatives.
Publié le 08/09/26 17:25
La Rédaction
SN
CEMAC