Le Premier ministre sénégalais, Ahmadou Al Aminou Lô, présente ce matin du 8 septembre sa Déclaration de politique générale devant l'Assemblée nationale. À cette occasion, il a décrit une situation financière inédite, marquée par des difficultés de mobilisation des ressources, la dégradation de la notation souveraine et l'affaiblissement de la crédibilité financière du pays.
L'ancien cadre de la BCEAO a notamment alerté sur l'importance de la dette de l'État envers les entreprises nationales. Le stock d'arriérés de paiement est évalué à 1 956 milliards FCFA à fin mars 2025. Il porte sur 5 425 dossiers, réguliers ou irréguliers, recensés à fin décembre 2024. Pour le chef du gouvernement, l'apurement de ces créances constitue une condition essentielle à la relance de l'économie. Des milliers de TPE, PME et PMI sont concernées.
Les entreprises nationales figurent parmi les principaux créanciers de l'État. Les contraindre à attendre leurs paiements revient, selon le Premier ministre, à les obliger à financer la commande publique sur leur propre trésorerie, tout en supportant des frais bancaires supplémentaires.
Pour débloquer la situation, le gouvernement a élaboré un plan d'apurement combinant plusieurs mécanismes : paiements en numéraire, affacturage, titrisation, compensation fiscale et rééchelonnement.
Les dossiers réguliers, qui représentent 49,5 % du stock pour 2 406 dossiers, seront traités en priorité selon plusieurs critères : l'ancienneté de la créance, la catégorie du créancier et l'impact social ou économique du secteur concerné, notamment la santé, l'éducation et les BTP.
" Mon gouvernement veillera à ne plus jamais faire du secteur privé national une variable d'ajustement dans la gestion de la trésorerie publique. Cette pratique inique a créé depuis longtemps des pertes d'emplois, des faillites, une absence de croissance et des pertes de potentiel de développement vers d'autres marchés ", a déclaré Ahmadou Al Aminou Lô.
Le gouvernement prévoit également de fixer un délai réglementaire maximal de paiement de la commande publique, dont le respect sera contrôlé mensuellement, service par service. Le système d'information consacré au suivi et au contrôle des règlements doit parallèlement être renforcé.
Restaurer la crédibilité financière du pays
Au-delà de l'apurement des arriérés, le gouvernement veut faire du rétablissement de la crédibilité financière du Sénégal une priorité. Selon le Premier ministre, l'accord annoncé avec le FMI devrait ouvrir de nouveaux cadres de coopération avec les autres partenaires du pays.
La situation reste toutefois préoccupante. Sur le marché secondaire, les rendements des obligations arrivant à échéance en 2028, 2033, 2037 et 2048 atteignent des niveaux particulièrement élevés.
" Ces obligations ont perdu la moitié de leur valeur faciale depuis la cristallisation de la crise de nos finances publiques. Les agences de notation nous classent aujourd'hui parmi les pays présentant un risque très élevé de défaut de paiement, après une dégradation de cinq niveaux ", a-t-il déploré.
Selon lui, cette spirale menace la capacité de l'État à assurer le paiement des salaires, à couvrir ses dépenses courantes et à financer ses projets, même les plus modestes.
Pour inverser la tendance, le gouvernement entend mieux maîtriser la masse salariale et les effectifs publics. Il prévoit notamment un remplacement strictement encadré des départs à la retraite et l'élaboration de plans annuels de recrutement pour les ministères et les institutions.
L'exécutif envisage également d'optimiser les dépenses de biens et services ainsi que les transferts. Cette stratégie doit passer par la rationalisation des dotations de carburant, de l'entretien des véhicules et des missions, la mutualisation des achats, la généralisation de la comptabilité matière, ainsi que des réformes dans l'énergie et la gouvernance du secteur parapublic.
Enfin, le gouvernement veut renforcer l'efficacité des investissements publics en améliorant la gestion des projets financés sur ressources extérieures, en réduisant les transferts en capital et en consolidant la programmation de l'exécution budgétaire.
Publié le 08/09/26 15:05
Mouhamadou Dieng
SN
CEMAC