La République démocratique du Congo (RDC) étend son emprise sur le secteur minier à un terrain moins visible que les quotas d'exportation : la connaissance de son propre sous-sol. Le pays accélère la constitution d'une banque de données géologiques nationale, réunissant cartographie, levés aéroportés et archives numérisées, dont l'accès restera sous contrôle de l'État, rapporte Reuters.
Premier producteur mondial de cobalt et deuxième fournisseur de cuivre, la RDC n'a pourtant exploré systématiquement qu'environ 20 % de son territoire, selon le Service géologique national du Congo (SGNC). Un contrat de 180 millions de dollars, signé en janvier avec l'entreprise espagnole Xcalibur, spécialiste de la cartographie géologique et des géodonnées, doit permettre de couvrir plus de 700 000 kilomètres carrés grâce à la géophysique aéroportée. La banque de données devrait être pleinement opérationnelle d'ici à la fin de 2026, selon Raoul Wazenga Vitima, directeur général du SGNC.
Un accès à plusieurs niveaux
Contrairement à des juridictions minières comme l'Australie ou le Canada, qui offrent un accès en ligne largement gratuit à leurs répertoires géologiques, Kinshasa a choisi un système à plusieurs niveaux. Les informations de base resteront gratuites, mais l'accès aux données les plus sensibles sera payant. Les demandes seront évaluées en fonction des besoins des investisseurs et de la protection des intérêts stratégiques du pays.
Pour Raoul Wazenga Vitima, les données produites par ces programmes constituent " un actif stratégique de l'État congolais ". Il précise que les revenus tirés de certains produits de données doivent financer la poursuite de l'exploration, sans toutefois détailler la structure tarifaire envisagée.
Cette stratégie ne repose pas sur un seul partenaire. Le SGNC travaille également avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) français, le Council for Geoscience d'Afrique du Sud, l'américain KoBold Metals et Atlas Park. Des partenariats existent aussi avec la japonaise Solafune et l'AfricaMuseum de Belgique. L'Arabie saoudite, qui cherche à développer ses activités minières pour diversifier son économie, utilise également Xcalibur pour sa cartographie nationale. Le SGNC affirme partager avec Riyad son expérience des levés géologiques et des minerais critiques.
Cette volonté de contrôle suscite toutefois des interrogations sur l'équilibre entre souveraineté et ouverture. KoBold Metals affirme avoir rendu publiques plus de 260 000 pages d'archives géologiques congolaises et avoir contribué à l'ouverture d'environ 150 000 dossiers en Zambie voisine. Son responsable en RDC, Benjamin Katabuka, défend un objectif de données ouvertes pour les explorateurs et les chercheurs.
L'initiative intervient alors que Washington et Pékin ont chacun conclu des accords distincts avec Kinshasa pour renforcer leur coopération dans le secteur minier. Raoul Wazenga Vitima assure que la base de données ne vise à favoriser aucun des deux pays. La stratégie congolaise consiste, selon lui, à diversifier sa base d'investisseurs et à appliquer les mêmes règles d'accès à toutes les entreprises.
Un enjeu de négociation et de revenus
L'intérêt de cette stratégie tient aussi au potentiel minier encore largement inexploité du pays. Les réserves de cobalt congolaises ont progressé de plus de 76 % entre 2000 et 2025, atteignant environ 6 millions de tonnes, soit plus de la moitié des réserves mondiales connues, selon l'US Geological Survey. Les dépenses d'exploration en RDC, qui avaient bondi après la fin de la guerre civile de 1998-2003, ont atteint 389,2 millions de dollars en 2012, contre 57 millions de dollars en 2005, selon S&P. En 2024, les entreprises ont investi 130,7 millions de dollars dans l'exploration congolaise, un montant qui reste concentré dans la ceinture de cuivre et de cobalt du Lualaba et du Haut-Katanga.
Pour Moise Liboto Makuta, du Natural Resource Governance Institute, disposer de géodonnées complètes place le gouvernement dans une position de négociation fondée sur la connaissance plutôt que sur les suppositions, avec à la clé de meilleurs accords et davantage de revenus pour l'État. Il souligne toutefois que le véritable test résidera dans l'application équitable des règles d'accès, plutôt que dans un accès anticipé réservé à des initiés.
Kinshasa avait déjà démontré sa capacité à peser sur les marchés mondiaux en imposant, en février 2025, une interdiction d'exportation de cobalt, suivie d'un système de quotas, qui avait contribué à faire remonter les prix autour de 26 dollars la livre. Le contrôle des données géologiques constitue ainsi un prolongement de cette stratégie : après avoir cherché à agir sur l'offre de cobalt, la RDC entend mieux maîtriser la connaissance de ses ressources et les conditions de leur valorisation.
Claude Paul Tjeg
Publié le 08/09/26 11:51
La Rédaction
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