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Cameroun : Les recettes fiscales bondissent de 467 % en 25 ans, mais restent encore très loin du potentiel du pays

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Les recettes fiscales camerounaises ont fortement progressé en vingt-cinq ans, sans que cette hausse ne se traduise par une amélioration durable de leur productivité. Selon le Rapport pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD), elles sont passées de 690,99 milliards FCFA en 2000 à 3 915,79 milliards FCFA en 2025, soit une progression de 466,6 % en valeur nominale.

Cette progression doit toutefois être relativisée. La BAD relève qu'elle a été largement portée par les cycles des matières premières, l'inflation et les effets de change, plutôt que par une amélioration structurelle de l'efficacité fiscale. Le ratio des recettes fiscales au PIB est certes passé de 10 % en 2000 à 13,3 % en 2025, mais il demeure inférieur au plancher régional de 17 % du PIB retenu dans la CEMAC. En 2024, ce ratio s'établissait à 12,8 %, contre 11,9 % en moyenne dans la région et 13,4 % en Afrique.

Une assiette fiscale encore étroite

Pour la BAD, cet écart traduit l'existence d'une marge importante de mobilisation de recettes supplémentaires. L'institution l'explique notamment par l'étroitesse de l'assiette fiscale, les exonérations, le poids du secteur informel, le faible civisme fiscal et la couverture encore limitée des contribuables. Le secteur informel représente ainsi 49,2 % du PIB et 86,6 % des emplois. Dans le même temps, les arriérés fiscaux ont atteint 1 402,8 milliards FCFA en 2025, contre 984,5 milliards en 2022.

L'élasticité des recettes fiscales, évaluée à 0,99, illustre également cette faiblesse. Autrement dit, les recettes fiscales augmentent légèrement moins vite que le PIB. La BAD attribue cette situation à " l'étroitesse de l'assiette fiscale, à l'octroi excessif d'exonérations fiscales, au poids prépondérant du secteur informel ", mais aussi aux difficultés à lutter contre les abus liés aux prix de transfert, l'évasion et la fraude fiscales.

Cette fragilité apparaît surtout lors des périodes de choc économique. Le ratio des recettes fiscales au PIB est passé de 11,1 % en 2008 à 10,3 % en 2009, sous l'effet de la crise financière mondiale. Il a ensuite reculé de 14,5 % en 2013 à 13,7 % en 2016, après la chute des cours des matières premières. Avec la crise liée à la Covid-19, il est tombé de 15,5 % en 2019 à 11,6 % en 2020.

Pour la BAD, ces évolutions traduisent " une dépendance continue à l'égard des recettes liées aux matières premières, des taxes sur le commerce et d'autres sources de revenus volatiles ", au détriment d'une fiscalité intérieure davantage fondée sur le revenu, la consommation et la propriété.

La TVA, principal levier non pétrolier

Dans cette structure fiscale, la TVA constitue la principale source de recettes fiscales non pétrolières. Elle a rapporté 1 493,8 milliards FCFA en 2025, soit 36,6 % des recettes fiscales. Son rendement reste cependant limité par le poids de l'informel et les écarts de conformité.

La dépendance aux recettes pétrolières demeure, elle aussi, importante. En 2025, les redevances versées par la SNH ont représenté 399,04 milliards FCFA, soit 77,3 % des recettes pétrolières, contre 22,7 % pour les impôts sur les sociétés pétrolières.

Face à ces limites, la BAD identifie plusieurs leviers susceptibles d'améliorer durablement la mobilisation des recettes. Le rapport met notamment en avant la modernisation des régies financières, à travers la facturation électronique, l'interconnexion des systèmes des impôts, du budget, du Trésor et des douanes, la déclaration préremplie, la télédéclaration des bénéficiaires effectifs et le renforcement du contrôle fiscal.

La modernisation douanière constitue un autre axe. La BAD cite notamment l'extension des paiements électroniques, l'automatisation des ventes aux enchères et des bases de taxation, ainsi que le scanning à 100 % des importations et des exportations. La fiscalité de l'économie numérique offre également des possibilités supplémentaires, notamment avec l'imposition des entreprises numériques non résidentes et des opérations de transfert d'argent.

Au-delà de la fiscalité, la BAD relève aussi des sources de recettes non fiscales encore insuffisamment exploitées. Il s'agit notamment des dividendes des entreprises publiques, des droits de transit pétrolier, des recettes tirées des services, des revenus du domaine et de ceux issus des ressources naturelles.

Au final, la BAD estime que les gains récents ont été " largement alimentés par des facteurs cycliques plutôt que par des améliorations durables de l'efficacité fiscale, du civisme fiscal et des capacités institutionnelles ". Avec un ratio fiscal qui reste inférieur au seuil de 17 % du PIB, le Cameroun conserve donc un espace significatif pour accroître ses recettes domestiques, à condition de renforcer durablement l'élargissement de l'assiette, la conformité et l'efficacité de ses administrations financières.

Perton Biyiha 

Publié le 14/08/26 10:20

La Rédaction

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