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Cameroun : Un ''value gap'' de 20,8 milliards USD signale des risques de fausse facturation dans le commerce extérieur

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Entre 2013 et 2022, les échanges commerciaux du Cameroun avec ses partenaires internationaux font apparaître un écart cumulé de 20,8 milliards de dollars entre les valeurs déclarées à l'exportation par le Cameroun et celles enregistrées à l'importation par les pays partenaires, selon Global Financial Integrity (GFI), dans son rapport 2026 consacré aux flux financiers illicites liés au commerce en Afrique.

Ces données ont été reprises par la Banque africaine de développement (BAD) dans son rapport sur les perspectives économiques en zone CEMAC. Ce montant ne correspond pas à une somme dont le Trésor camerounais aurait directement été dépouillé, mais à la valeur cumulée des divergences observées dans les statistiques commerciales bilatérales.

Pour mesurer ces écarts, GFI confronte les déclarations commerciales du pays étudié à celles de ses partenaires. En principe, une marchandise déclarée à l'exportation par un opérateur camerounais devrait apparaître, pour une valeur comparable, dans les statistiques d'importation du pays destinataire, après prise en compte des différences de valorisation entre les exportations et les importations. Lorsque les deux montants ne concordent pas, un " value gap ", ou écart de valeur, apparaît.

Ces divergences constituent, pour GFI, un indicateur permettant d'identifier des risques de fausse facturation commerciale. L'organisation définit cette pratique comme une falsification délibérée de la valeur, du volume ou de la qualité d'une transaction internationale.

 Elle distingue quatre mécanismes : la sous-facturation et la surfacturation des exportations, ainsi que la sous-facturation et la surfacturation des importations. Deux de ces mécanismes peuvent notamment contribuer à des sorties illicites de capitaux : lorsqu'un importateur gonfle la valeur d'une marchandise ou lorsqu'un exportateur minore celle de ses ventes.

Dans son analyse, GFI rappelle ainsi que la fausse facturation commerciale peut servir à déplacer des capitaux à travers des transactions qui, en apparence, relèvent du commerce ordinaire. L'organisation explique que le " trade misinvoicing " peut être utilisé pour transférer illicitement de l'argent à travers le système commercial international.

L'existence d'un écart statistique ne signifie toutefois pas, à elle seule, qu'une fraude a été commise. GFI souligne que les divergences entre les données commerciales peuvent également résulter de décalages dans l'enregistrement des opérations, d'erreurs de conversion monétaire, de différences dans la classification des produits ou encore d'erreurs statistiques.

L'organisation applique donc plusieurs traitements statistiques afin de réduire l'incidence de ces facteurs dans son estimation. Le " value gap " doit ainsi être considéré comme un indicateur de risque et non comme une mesure directe des capitaux illicitement sortis du Cameroun.

Le phénomène dépasse par ailleurs le seul cas camerounais. Dans le même rapport, GFI estime à 21,3 milliards de dollars le " value gap " cumulé de la République démocratique du Congo (RDC) sur la période 2013-2022. Le Gabon affiche un écart de 15,2 milliards de dollars, tandis que celui du Congo s'établit à 8,6 milliards de dollars.

Au total, les divergences statistiques relevées pour ces quatre pays d'Afrique centrale atteignent ainsi 65,9 milliards de dollars sur la période étudiée.

Face à ces risques, la BAD recommande de renforcer les dispositifs de contrôle et de rapprochement des données commerciales. Elle préconise notamment une plus grande interconnexion entre les administrations douanières et fiscales, les systèmes d'identification et les plateformes de paiement, ainsi qu'un échange accru d'informations entre les pays de la CEMAC. 

Le rapport évoque également la mise en place de mécanismes d'alerte capables de détecter plus rapidement, voire en temps réel, des écarts inhabituels de prix dans les échanges transfrontaliers.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 01/10/26 17:08

La Rédaction

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