N'Djamena aura été en l'espace de quelques jours, le théâtre de deux rendez-vous institutionnels majeurs pour la zone CEMAC. Après la session ordinaire du Conseil d'Administration de la BEAC le 20 juillet, présidée par le ministre tchadien des Finances Tahir Hamid Nguilin, la capitale tchadienne a accueilli le 22 juillet la deuxième session ordinaire 2026 du Comité Ministériel de l'UMAC, où les ministres des Finances de la sous-région ont dressé un bilan de la conjoncture et tracé la voie des réformes à venir. C'est dans cette logique institutionnelle qu'est passée une décision aux implications structurantes avec l'agrément de la Bank of China et d'Africa Finance Corporation (AFC) comme contreparties bancaires de la salle des marchés de la BEAC.
Ce nouveau statut permet à la banque centrale sous-régionale de détenir, pour la première fois, une partie de ses réserves en yuan, aux côtés des avoirs traditionnels en dollar, en euro et en or, un accès jusqu'alors réservé à la Banque de France. Via des comptes ouverts chez Bank of China, la BEAC pourra désormais effectuer et recevoir des paiements internationaux directement en devise chinoise, un atout non négligeable alors que la Chine s'est imposée comme le premier partenaire commercial de la zone CEMAC.
L'entrée d'AFC dans le cercle des contreparties agréées obéit à une logique complémentaire, davantage tournée vers le financement des infrastructures et l'accès à des instruments de placement panafricains. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de rapprochement entre institutions financières africaines, alors même que le Comité Ministériel de l'UMAC a réaffirmé, deux jours plus tard, sa volonté de moderniser la gouvernance de la Banque centrale au service de l'intégration régionale.
Une double diversification qui intervient dans un contexte financier qui en éclaire la logique. En effet, le rapport des commissaires aux comptes de la BEAC pour l'exercice 2025 relève une position de change en hausse de 9,78% à 2 413, 8 milliards FCFA, mais un résultat net de la salle des marchés en repli de 5,26% à 105,4 milliards FCFA, pénalisé notamment par la dépréciation du dollar sur le portefeuille géré en délégation RAMP et par un recul des avoirs logés chez les correspondants traditionnels.
Le Conseil d'Administration n'a pour l'heure, communiqué ni calendrier de mise en œuvre opérationnelle, ni volume cible pour la composante en yuan des réserves. Reste que le signal envoyé, dans la foulée du sommet de N'Djamena, est celui d'une CEMAC qui cherche à répartir ses risques financiers au-delà de ses partenaires occidentaux historiques, sans pour autant remettre en cause, dans l'immédiat, l'architecture héritée de la zone franc.
Idrissa Diakité
Publié le 30/07/26 15:29
La Rédaction
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