Trois marchés ont dominé la dynamique des exportations de la zone CEMAC au premier trimestre 2026, avec des progressions supérieures à 12 % en variation trimestrielle. Selon la Note d'analyse de l'ICCPB publiée par la BEAC, l'or a progressé de 17,5 % à 4 876,1 dollars l'once troy, l'aluminium de 12,9 % à 3 193,3 dollars la tonne, et le gaz naturel de 23,2 % à 10,31 dollars par million d'unités thermiques britanniques. Ces trois produits évoluent dans des logiques distinctes mais convergent vers un même résultat : une prime de valorisation significative pour les pays de la zone les mieux exposés.
L'or poursuit une trajectoire sans précédent. La BEAC relève une hausse de 29,9 % au premier trimestre 2026, après déjà 19,8 % au quatrième trimestre 2025, portée par les achats massifs des banques centrales et les incertitudes géopolitiques persistantes. À 4 876,1 dollars l'once, le métal jaune atteint un niveau inédit dans la série historique de la note. La Banque mondiale projette un prix moyen annuel de 4 700 dollars l'once pour l'ensemble de 2026, soit une hausse de 37 % par rapport à 2025, avec une progression moyenne de 42 % attendue pour l'ensemble des métaux précieux. L'argent devrait pour sa part atteindre 70 dollars l'once en moyenne annuelle, en hausse de 76 % par rapport à 2025.
L'aluminium monte en puissance sous l'effet conjugué de déficits d'offres imprévus et de l'accélération des infrastructures liées à la transition énergétique, centres de données, véhicules électriques, énergies renouvelables. À 3 193,3 dollars la tonne contre 2 829,2 dollars au quatrième trimestre 2025, le métal enregistre sa progression trimestrielle la plus forte de la série historique couverte par la note. La Banque mondiale anticipe d'ailleurs que l'aluminium, le cuivre et l'étain atteindront des sommets historiques en 2026 sous l'effet de cette demande structurelle. Pour le Cameroun, dont la production d'Alucam alimente directement les marchés internationaux, cette trajectoire représente un levier de recettes à condition que les capacités de production soient au rendez-vous.
Le gaz naturel a opéré son retournement le plus brutal depuis plusieurs trimestres et sa correction la plus rapide. Après une baisse de 3,9 % au quatrième trimestre 2025, le cours a bondi de 23,2 % au premier trimestre 2026, porté par l'épuisement des stocks européens et les menaces sur l'approvisionnement en GNL qatari liées à la fermeture du détroit d'Ormuz. Ce contexte a depuis évolué : la réouverture du détroit, actée lors de la signature du protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran, permet à nouveau la circulation d'un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures. La prime de rareté qui avait soutenu les cours du gaz au premier trimestre s'érode mécaniquement, même si les effets réels sur l'économie réelle prendront plusieurs mois à se matérialiser.
En termes de hiérarchie interne à la zone, ces trois marchés redistribuent les positions relatives des États membres. La Guinée Équatoriale, doublement exposée au pétrole et au gaz, a capté la configuration la plus favorable au premier trimestre mais fait face au retournement le plus direct avec la normalisation post-accord. Le Gabon, avec le manganèse en hausse de 2,5 % et les actifs gaziers en valorisation, présente le profil le plus diversifié. Le Cameroun bénéficie de la hausse de l'aluminium et du gaz, mais absorbe simultanément l'effondrement du cacao de 32 %, sa première filière agricole. La Centrafrique et le Congo disposent d'une exposition à l'or et au bois qui, contrairement aux hydrocarbures, reste structurellement portée par des dynamiques indépendantes de la géopolitique du Golfe Persique.
Idrissa Diakité
Publié le 19/06/26 11:03
La Rédaction
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