Depuis le début de l'année, la BEAC, Banque centrale commune aux 6 pays de la zone CEMAC, a mis le cap sur une politique monétaire plus restrictive dans le but d'étouffer une inflation galopante qui devrait atteindre 5,2% d'ici la fin de l'année, selon ses estimations.
Ce 12 octobre, son offre de financement aux banques commerciales de la région, dans le cadre des opérations hebdomadaires d'injections de liquidités, est passé de 90 à 80 milliards FCFA. Cette offre était encore de 250 milliards FCFA à fin 2021.
Son fonctionnement progressif ne traduit pas une baisse de la demande. Par exemple, l'opération sus-évoquée a enregistré un taux de souscription de 248,58%, les banques ayant sollicité 198,8 milliards FCFA de liquidités n'ont visiblement pas été servies à la hauteur de leurs attentes.
A contrario, la BEAC a effectué, toujours cette semaine, une offre de reprise de liquidités de 50 milliards FCFA. Les résultats de cette dernière restent encore attendus. On note néanmoins une régularité des tentatives de reprises de liquidités cette année. Elles avaient été suspendues entre mars 2020 et novembre 2021, en vue de soutenir les économies de la région face à la pandémie du coronavirus. Leur réactivation illustre bien le changement dans l'orientation de la politique monétaire. Ceci est conforté par la récente décision du comité de politique monétaire de relever pour la 3e fois cette année, son principal taux directeur à 4,50%.
Des mesures qui concourent à restreindre l'accès aux crédits bancaires accusés d'entretenir l'inflation, mais qui essuient de vives critiques. Des experts jugent ces décisions de la Banque centrale "agressives" et "contre productives" car la hausse des prix est moins le fait d'une plus grande circulation de la monnaie que des facteurs exogènes comme les conséquences de l'après Covid-19 et la crise russo-ukrainienne. Ainsi, limiter la capacité des banques commerciales à injecter de la monnaie au sein des économies devrait plomber encore davantage une croissance déjà anémiée, voire précipiter une bonne partie des pays de la région dans la récession.
Fernand Ghokeng
Publié le 13/10/22 16:19
La Rédaction
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