Les finances publiques des six pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) continuent de se dégrader sous l'effet du recul des recettes et de la progression des dépenses. C'est du moins ce qui ressort du Bulletin économique et statistique de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC).
Selon les données compilées par la banque centrale, le solde budgétaire global de la Cemac, calculé sur la base des engagements et dons compris, devrait demeurer déficitaire à hauteur de 0,6% du PIB en 2025, après un déficit de 1% en 2024. Deux ans plus tôt, la région affichait encore un excédent de 0,8% du PIB.
Dans son analyse, la BEAC relève que " les recettes globales de la Cemac passeraient de 18,9 % du PIB en 2023 à 17,7% en 2024 puis à 16, % en 2025, tandis que les dépenses globales augmenteraient de 18,6 % à 19,3 % puis à 19,5 % du PIB sur la même période ". Cette évolution se traduit mécaniquement par le retour des déficits budgétaires dans plusieurs pays de la région.
RCA et Gabon, les situations les plus fragiles
Au sein de la sous-région, la République centrafricaine apparaît comme le pays le plus exposé sur le plan budgétaire. Son déficit devrait atteindre 2,1 % du PIB en 2025, après avoir culminé à 5,2 % en 2024. Surtout, les dépenses publiques continuent de progresser rapidement. Elles passeraient de 17,8% du PIB en 2023 à 21,9% en 2025, alors que les recettes resteraient pratiquement inchangées autour de 10,5% du PIB.
Le Gabon figure également parmi les pays les plus vulnérables. Alors qu'il affichait encore un excédent budgétaire de 2,4% du PIB en 2023, le pays est passé à un déficit de 3,8 % en 2024, lequel devrait se maintenir à 3,7% en 2025. Cette dégradation s'explique principalement par l'érosion des recettes publiques, attendues à 19,7% du PIB en 2025 contre 23,1% deux ans auparavant.
Cette situation est d'autant plus surveillée que le Gabon demeure le pays le plus endetté de la sous-région vis-à-vis de l'extérieur. L'encours de sa dette extérieure devrait représenter 44,9 % du PIB en 2025, malgré un recul par rapport au niveau de 47,6 % enregistré en 2023.
Le coût du remboursement constitue également un sujet de préoccupation. D'après les projections de la banque centrale, " le service de la dette extérieure rapporté aux recettes budgétaires atteindrait 30,1 % au Gabon en 2025, contre 25,7 % en 2024 et 26,8 % en 2023 ". Aucun autre pays de la Cemac ne présenterait un niveau aussi élevé.
Autrement dit, près d'un tiers des recettes publiques gabonaises serait absorbé par le remboursement de la dette extérieure, réduisant d'autant les marges de manœuvre budgétaires de l'État.
Le Congo conserve les meilleurs résultats budgétaires
À l'opposé, le Congo demeure le seul pays de la région à maintenir des excédents budgétaires significatifs sur l'ensemble de la période étudiée. La BEAC prévoit un excédent de 2,7% du PIB en 2025, après 5% en 2024 et 5,6% en 2023. Les recettes publiques congolaises devraient rester parmi les plus élevées de la sous-région, à 25,7% du PIB, soit le niveau le plus important de la CEMAC.
Cette performance ne signifie toutefois pas que tous les indicateurs sont au vert. Le Congo conserve en effet l'un des niveaux de dette extérieure les plus élevés de la région. Son encours représenterait encore 40,1% du PIB en 2025.
La tendance apparaît néanmoins favorable sur le front du remboursement. Selon les chiffres de la BEAC, " le service de la dette extérieure rapporté aux recettes budgétaires passerait de 32,8 % en 2023 à 31,4% en 2024 puis à 17% en 2025 ". Cette baisse constitue l'une des améliorations les plus marquées observées au sein de la sous-région.
Cameroun et Tchad dans une position plus stable
Première économie de la Cemac, le Cameroun présente un profil relativement équilibré. Son déficit budgétaire resterait limité à 0,6% du PIB en 2025, après 1,4% en 2024. Les dépenses publiques demeureraient relativement stables autour de 17% du PIB, tandis que les recettes remonteraient à 16,3% du PIB après un creux de 15,4% en 2024.
La dette extérieure camerounaise progresserait légèrement à 27,7 % du PIB, contre 26,6 % en 2023. Le poids du remboursement resterait également contenu. Le service de la dette représenterait 17,3 % des recettes budgétaires en 2025, un niveau inférieur à celui observé dans plusieurs pays de la sous-région.
Le Tchad évolue également dans une situation intermédiaire. Son déficit budgétaire devrait être ramené à 1 % du PIB en 2025, contre 2,1 % l'année précédente. La dette extérieure resterait limitée à 12,4 % du PIB, tandis que le service de cette dette ne représenterait plus que 9,9 % des recettes budgétaires, contre 16,1 % en 2023.
La Guinée équatoriale conserve, pour sa part, l'un des plus faibles niveaux d'endettement extérieur de la région, avec un ratio attendu à 10,6 % du PIB en 2025. Le pays devrait également retrouver un léger excédent budgétaire de 0,5 % du PIB, après être brièvement passé en déficit en 2024.
À l'échelle régionale, la banque centrale souligne enfin que " l'encours de la dette publique extérieure de la Cemac représenterait 27,9 % du PIB en 2025, contre 27,6 % en 2024 et 28,3 % en 2023, tandis que le service de la dette extérieure rapporté aux recettes budgétaires reviendrait à 17,4 %, contre 19,7 % en 2024 et 20,3 % en 2023 ". Une évolution qui traduit un allègement progressif de la charge du service de la dette au niveau régional, malgré la persistance de fragilités budgétaires dans plusieurs États membres.
Perton Biyiha
Publié le 12/06/26 14:45
La Rédaction
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CEMAC