Dans le projet de note sur les mesures de redressement de la situation macroéconomique des États de la CEMAC, examiné lors du Conseil des ministres de l'Union économique de l'Afrique centrale (UEAC) réuni en session extraordinaire le 19 janvier 2026, les autorités communautaires établissent un lien explicite entre la stabilisation des réserves extérieures à un niveau jugé " soutenable " et la reconduction des programmes économiques avec le Fonds monétaire international (FMI).
Selon ce document élaboré par les institutions communautaires, et dont les principaux constats ont été partagés avec les ministres des Finances de la zone, la situation extérieure de la CEMAC, bien que moins critique qu'au moment des grandes crises de 1993 ou de 2016, s'est nettement détériorée au cours de l'année 2025. Entre mars et novembre 2025, les réserves de change ont reculé de 1 335,7 milliards de FCFA, effaçant en quelques mois les gains enregistrés fin 2024 et au premier trimestre 2025. En termes réels, cette contraction équivaut à " la perte d'environ un mois d'importations de biens et services, accentuant la fragilité de l'ancrage extérieur de la monnaie commune ", souligne l'UEAC.
Les services de la BEAC attribuent cette évolution au faible rapatriement des recettes d'exportation, en particulier dans le secteur pétrolier, à une intensification des sorties de devises liées au service de la dette extérieure, au paiement de dividendes, ainsi qu'aux importations de produits stratégiques – alimentaires, pharmaceutiques et pétroliers. À cela s'ajoutent des éléments exogènes, tels que la baisse des cours internationaux du pétrole, la dépréciation de l'euro face au dollar et la tendance baissière des volumes d'exportations pétrolières de la sous-région. Les institutions communautaires n'excluent pas non plus des effets liés au non-rapatriement effectif de certains emprunts contractés à l'étranger par les États, alors même que leur remboursement mobilise des devises issues du stock commun.
La poursuite des programmes avec le FMI , un élément vital
La BEAC estime que, sans les appuis financiers du FMI, les réserves extérieures de la CEMAC pourraient reculer de 1,9 mois d'importations en 2026 à environ 1,2 mois à l'horizon 2029, contre 2,3 mois en 2025. Or, les financements du FMI représenteraient actuellement près de 40 % du stock total des réserves de change de la zone.
Pour l'UEAC le maintien des réserves à un niveau compatible avec la stabilité monétaire est directement lié à la poursuite des programmes économiques et financiers avec le FMI. Sans les décaissements liés à ces accords, préviennent les autorités communautaires, la position extérieure de la CEMAC deviendrait rapidement intenable, avec des risques accrus pour la crédibilité du régime de change et la capacité de la banque centrale à assurer la couverture extérieure de la monnaie.
Cette analyse est partagée par le FMI, dont une mission a séjourné dans la sous-région du 3 au 11 novembre 2025. À l'issue de cette mission, l'institution de Bretton Woods a fait part de ses " vives inquiétudes " quant à l'évolution récente des indicateurs économiques et financiers, appelant à des mesures correctives " fortes, cohérentes et coordonnées " à l'échelle sous-régionale. Le Fonds a également mis en garde contre le risque de suspension des appuis budgétaires si les engagements pris par les États ne sont pas respectés, ce qui aurait un impact direct sur le niveau des réserves et, à terme, sur l'ancrage de la monnaie communautaire.
Trois pays disposent d'un cadre actif avec le FMI. La République centrafricaine poursuit son programme avec la Facilité Élargie de Crédit (FEC). La 3e et 4e revues de l'accord ont été validées en juin 2025.Au Tchad, Un nouveau programme FEC a été approuvé par le Conseil d'Administration du FMI le 25 juillet 2025, pour une durée de 4 ans.
En Guinée équatoriale on évoque un programme de référence (probablement un cadre de consultation ou un accord technique) qui a été prolongé jusqu'en 2026.Les revues (1re et 2e) de cet accord sans appui financier ont été réussies. Au Cameroun, le programme économique et financier avec le FMI – combinant FEC, MEDC et FRD – a pris fin en juillet 2025. Le Cameroun n'est plus sous un programme FMI actif, mais il envisage de négocier un nouveau programme pour 2026-2029.
En République du Congo, le programme avec le FMI (FEC) a expiré en mars 2025 après la 6e et dernière revue. Ce pays n'a donc plus de cadre actif avec le FMI au début de 2026. Pour finir, pendant plusieurs années (2023-2025), le Gabon n'a pas eu de programme économique actif avec le FMI. Toutefois, en janvier 2026, le gouvernement gabonais a officiellement annoncé l'ouverture de négociations pour nouveau programme économique avec l'institution de Bretton Woods.
Perton Biyiha
Publié le 23/01/26 10:53
La Rédaction
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