Selon les Statistiques mensuelles du marché des valeurs du Trésor de la CEMAC – janvier 2026, l'encours total des bons et obligations émis par les États de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) atteignait 9 451,5 milliards de FCFA au 31 janvier 2026, soit près de dix fois le niveau observé en 2018, lorsqu'il s'établissait à 1 019 milliards de FCFA. Cette progression spectaculaire traduit l'usage croissant de ce marché par les gouvernements d'Afrique centrale pour financer leurs déficits budgétaires. Mais elle s'accompagne d'une évolution moins favorable pour les finances publiques. Dans le même temps, le coût de l'endettement a fortement augmenté.
En 2018, les États empruntaient en moyenne à un taux de 4,72 %. Huit ans plus tard, le coût moyen atteint 8,78 % en janvier 2026. Autrement dit, le prix de la dette sur le marché régional a progressé d'environ 4 points de pourcentage, soit une hausse relative proche de 86 %. Les États paient aujourd'hui presque deux fois plus cher leurs emprunts qu'au moment où ce marché a commencé à prendre de l'ampleur.
Cette évolution apparaît clairement dans la trajectoire récente des taux. Les données compilées sur le marché régional montrent une progression continue depuis plusieurs années. Le coût moyen est passé de 6,79 % en 2023 à 7,21 % en 2024, puis à 7,70 % en 2025. Il atteint 8,12 % en décembre 2025 avant de grimper à 8,78 % en janvier 2026.
Pour les gouvernements, cette hausse intervient au moment où le recours à ce marché devient structurel. Les émissions de titres publics constituent désormais un instrument central de financement budgétaire, en particulier pour des États confrontés à des besoins de trésorerie récurrents. Le Cameroun en donne une illustration récente. Le 19 février 2026 à Douala, lors d'une présentation du programme de financement de l'État aux investisseurs, le ministre des Finances Louis Paul Motazé a indiqué que les émissions de bons du Trésor assimilables et d'obligations du Trésor assimilables avaient permis de mobiliser 1 318,17 milliards de FCFA en 2025, soit environ 2,4 milliards de dollars.
Mais ces ressources ont été levées dans des conditions devenues plus exigeantes. Le ministre a expliqué que les interventions du Trésor sur le marché domestique se heurtent désormais à une combinaison de facteurs défavorables. Les taux servis aux investisseurs progressent, la durée moyenne des titres diminue et la concurrence entre États de la sous-région pour attirer les capitaux s'intensifie.
Perton Biyiha
Publié le 05/03/26 13:14
La Rédaction
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CEMAC