Le gouvernement camerounais tente de transformer un secteur aurifère longtemps marqué par les exploitations informelles et les fuites de production en une source majeure de revenus publics. Selon des données du ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique (Minmidt) consultées par notre rédaction, les autorités estiment désormais qu'une restructuration de l'exploitation artisanale et semi-mécanisée pourrait porter les recettes issues de l'or à plus de 1 000 milliards de FCFA.
Pour atteindre cet objectif, le ministère a décidé de mettre en place des mesures plus coercitives à l'encontre des opérateurs ne respectant pas les règles établies. Il est notamment prévu " le démantèlement pur et simple des unités de production de l'or sur les sites illégaux et sur ceux ne s'étant pas conformés aux mesures mises en place ".
Au-delà de cette dimension répressive, le nouveau dispositif réglementaire impose plusieurs obligations simultanées aux exploitants. Les entreprises doivent désormais déclarer leur production, verser une caution environnementale, s'acquitter de 25 % de l'impôt synthétique minier libératoire et adopter un système d'exploitation dit " à vase clos ", présenté par les autorités comme un mécanisme permettant un suivi scientifique des quantités extraites.
Dans le même temps, les nouvelles règles fixées par l'administration minière conditionnent toute reprise d'activité " à la signature d'un engagement de production minimale de 10 kilogrammes d'or par mois et au paiement d'une caution de réhabilitation de 63 millions de FCFA ". Par ailleurs, la plupart des autorisations actuellement délivrées sont désormais assorties d'un seuil minimal de production fixé à 5 kilogrammes d'or par mois.
Le ministre par intérim des Mines, Pr Fuh Calistus Gentry, établit un lien direct entre cette stratégie et les recettes attendues pour l'État. À l'issue d'une récente mission d'assainissement menée dans la région de l'Est, il déclarait au quotidien public Cameroon Tribune : " Nous avons identifié 175 sites qui ne sont pas conformes. Nous avons commencé avec presque 15 sociétés qui sont conformes et qui sont en train de s'engager pour le seuil minimal de production ".
Le responsable gouvernemental avançait ensuite une projection financière plus ambitieuse : " Selon nos projections pour le Cameroun, si nous atteignons 100 sociétés, on peut facilement atteindre, pour les quatre régions concernées par l'artisanat minier, plus de 1 000 milliards de FCFA de recettes pour l'État, en or nature ".
Durcissement des règles pour les exploitants aurifères
Parallèlement à cette stratégie de formalisation du secteur artisanal, le gouvernement indique vouloir réduire progressivement sa dépendance à ce mode d'exploitation au profit de projets industriels de plus grande envergure. Dans des déclarations rapportées par Cameroon Tribune, le ministre par intérim des Mines expliquait : " Nous avons aussi adressé ce problème par le lancement de quatre grands projets industriels. Il faut migrer vers la mine industrielle. Mais restructurer d'abord le secteur artisanal tel qu'on impose le seuil minimal, migrer vers le système à vase clos. Ainsi, la production est suivie scientifiquement et l'or est mesurable à la sortie ".
Pour assurer l'application de ces nouvelles mesures et favoriser l'atteinte des objectifs de recettes, le Minmidt a lancé une vaste opération de contrôle dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua, deux zones où se concentre une part importante des activités aurifères du pays.
Les informations obtenues auprès du ministère montrent que près de 200 opérateurs actifs dans ces bassins ont été identifiés comme illégaux. Plus de 95 % d'entre eux seraient des opérateurs étrangers. Dans le même temps, l'État affirme avoir déjà sécurisé 798 millions de FCFA au titre des cautions environnementales exigées des sociétés autorisées à poursuivre leurs activités. Les documents officiels consultés indiquent que le montant total attendu s'élève à 924 millions de FCFA, laissant encore 126 millions de FCFA à recouvrer.
Ces sommes correspondent aux garanties financières imposées aux entreprises afin d'assurer la restauration des sites après exploitation. Parmi les quinze sociétés titulaires d'autorisations d'exploitation artisanale semi-mécanisée engagées dans un processus de régularisation, douze ont déjà versé intégralement leur caution. Pour des superficies standards de 21 hectares, celle-ci atteint généralement 63 millions de FCFA, sur la base indicative de 3 millions de FCFA par hectare prévue par le Code minier révisé en 2023.
La traçabilité de l'or au cœur des enjeux de recettes publiques
Derrière cette opération d'assainissement du secteur aurifère, l'enjeu principal pour Yaoundé demeure toutefois la traçabilité des volumes effectivement produits. Le rapport 2023 de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), présenté en décembre 2025, a mis en évidence des sorties non déclarées de 15,2 tonnes d'or, correspondant à des pertes estimées à 165 milliards de FCFA.
C'est précisément pour réduire cet écart entre les volumes extraits et ceux officiellement déclarés que le gouvernement renforce désormais les contraintes imposées aux exploitants artisanaux semi-mécanisés, en associant contrôle renforcé, obligations environnementales et exigences minimales de production.
Perton Biyiha
Publié le 18/05/26 12:31
La Rédaction
SN
CEMAC