L'axe commercial entre Brazzaville et Pékin franchit un nouveau jalon. Depuis ce 1er avril 2026, la République du Congo bénéficie d'une exemption totale de droits de douane sur 100 % de ses produits exportés vers la Chine. Cette mesure, pilier de l'Accord de partenariat économique signé fin 2025, intervient alors que la Chine capte déjà 36 % des exportations globales du pays. Pour l'économie congolaise, dont le PIB par habitant tourne autour de 2 308 dollars, ce levier de compétitivité vise à consolider un solde commercial qui a subi une érosion de 35,8 % sur un an en raison de la volatilité des cours mondiaux.
Outre l'effet d'annonce, cette politique incitative cible la réduction de la dépendance du pays au secteur pétrolier, lequel représente encore 50 % du PIB et 90 % des exportations. L'accès préférentiel au marché chinois offre donc une fenêtre d'opportunité majeure pour le secteur agricole (9 % du PIB) et minier. Le gisement de fer de Mbalam-Nabeba, dont l'exploitation a débuté en mai 2024, ainsi que le projet de potasse de Kola (potentiel de 50 millions de tonnes), pourraient bénéficier de cette fluidification des échanges.
Côté flux de capitaux, ce régime de "tarif zéro" renforce l'attractivité du Congo pour les investissements directs étrangers (IDE). La Chine, déjà premier fournisseur du pays avec 23 % des importations, intensifie sa présence via des engagements massifs : 150 millions de dollars investis par COGO dans les champs matures et un accord d'envergure de 23 milliards de dollars avec Wing Wah pour moderniser les infrastructures énergétiques. Cette dynamique devrait non seulement soutenir une croissance économique attendue à 5,3 % en 2026, mais aussi favoriser le développement de services connexes tels que la logistique et le stockage, essentiels pour intégrer le Congo dans les chaînes de valeur mondiales.
A noter que ce partenariat sino-congolais s'inscrit dans une volonté de stabiliser les équilibres macroéconomiques du pays, marqués par une dette publique dépassant le plafond de 70 % du PIB fixé par la CEMAC. Bien que le service de la dette ponctionne encore la moitié des recettes publiques, l'élargissement de l'assiette fiscale via l'essor des secteurs non-pétroliers est une priorité. En misant sur un transfert de technologies et la création d'emplois dans un secteur informel qui occupe 75 % de la population active, le Congo espère transformer cette alliance commerciale en un moteur de croissance inclusive, capable de résister aux chocs exogènes et à l'érosion des prix du baril.
Idrissa Diakité
Publié le 02/04/26 17:31
La Rédaction
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CEMAC