Fitch Ratings a relevé de " CCC " à " CCC+ " la note de défaut émetteur à long terme en monnaie locale du Congo, tout en maintenant à " CCC+ " celle de la dette souveraine en devises. Annoncée le 14 août 2026, cette décision efface l'écart de notation entre les deux catégories de dette. Dans son analyse, Fitch attribue cette amélioration à de meilleures conditions de financement sur le marché régional et à une réduction des risques de refinancement domestique.
" Le relèvement de la note en monnaie locale traduit l'amélioration des conditions de financement sur le marché régional et le profil plus fluide des remboursements domestiques, qui ont réduit les risques de refinancement ayant auparavant justifié une différence de notation avec la dette en devises ", explique l'agence.
Fitch maintient néanmoins la note en devises à CCC+, invoquant la faiblesse de la gestion des finances publiques, les importants arriérés, le niveau élevé de la dette publique, la forte dépendance au pétrole et les faibles scores de gouvernance. L'agence n'attribue généralement pas de perspective aux États notés CCC+ ou moins.
Fitch voit moins de pression sur le refinancement
Dans ses projections, Fitch estime que les remboursements de dette intérieure représenteront 9% du PIB en 2026, contre 13% en 2024 et 14% en 2025. L'agence relève également l'amélioration de la liquidité sur le marché régional, liée notamment à la hausse des cours du pétrole et à la diminution progressive des injections de la BEAC depuis leur pic du quatrième trimestre 2025.
Fitch note que le Congo a parallèlement accru son recours aux financements extérieurs, notamment aux Eurobonds, ce qui a permis d'allonger les maturités des émissions locales. L'agence estime que cette évolution réduit le risque d'un nouveau défaut domestique lié au refinancement, après l'échange de dette de 2024 qu'elle avait qualifié de " restructuration de dette en difficulté ".
Les arriérés devraient également diminuer. Fitch prévoit qu'ils passeront de 13,3% du PIB en 2025 à 9,4% en 2026, sous l'effet notamment de l'excédent budgétaire attendu et de nouveaux emprunts nets. L'agence estime que les réformes de gestion des finances publiques pourraient limiter une nouvelle accumulation, à condition d'être effectivement mises en œuvre.
Les hydrocarbures soutiennent les prévisions de Fitch
Pour 2026, Fitch prévoit un excédent budgétaire de 2% du PIB grâce à la hausse des prix et de la production pétroliers. L'agence projette une baisse de la dette publique à 80,9% du PIB, contre 92,1% fin 2025. Malgré cette amélioration, le ratio resterait supérieur à la médiane de 67,1% des États notés B, C et D. Fitch prévoit également un ralentissement du désendettement en 2027 avec le reflux attendu des prix du pétrole.
Sur les comptes extérieurs, l'agence prévoit un déficit courant ramené à 0,1% du PIB en 2026, avant une nouvelle dégradation en 2027. Les réserves de change de la CEMAC atteindraient, selon ses projections, environ 14 milliards USD fin 2026, soit 4,7 mois d'importations. Fitch juge toutefois que ce rebond pourrait être temporaire.
" Cette manne pétrolière sera temporaire. Elle offre néanmoins au Congo et à la CEMAC une fenêtre pour renforcer leurs réserves financières avant un éventuel durcissement des conditions d'emprunt régionales et internationales ", estime l'agence.
Fitch anticipe par ailleurs la conclusion d'un nouveau programme du FMI avec le Congo avant fin 2026, après la demande formulée par Brazzaville en avril. Les premiers décaissements interviendraient en 2027. Cette perspective dépend toutefois, selon l'agence, de l'obtention par le FMI d'engagements de politique économique d'autres pays de la CEMAC, notamment le Gabon. Fitch juge en outre limitées les marges de consolidation budgétaire du Congo.
Pour la croissance, l'agence prévoit une accélération à 4,3% en 2026, contre 2,7% en 2025. Cette progression serait portée par une production pétrolière attendue à 293 000 barils par jour, contre 271 000 en 2025. Fitch prévoit également une amélioration de la croissance hors pétrole grâce à la réduction des coupures d'électricité, à la reprise de l'investissement public et à l'augmentation de la production gazière liée à la deuxième phase d'ENI Congo LNG. La croissance devrait toutefois ralentir en 2027.
Fitch rappelle enfin que le Congo a fait défaut sur son unique Eurobond en 2016 et 2017, restructuré sa dette en 2020 dans le cadre de la DSSI et procédé à un échange de dette locale en 2024, qualifié de restructuration de dette en difficulté.
Pour l'agence, une nouvelle amélioration de la notation nécessiterait des progrès durables dans la gestion des finances publiques, une réduction des arriérés et de la dette, ainsi qu'un renforcement des réserves internationales de la CEMAC. À l'inverse, Fitch avertit qu'une nouvelle tension sur les financements, une baisse des recettes pétrolières ou une accumulation des arriérés et de la dette pourraient conduire à un abaissement de la note.
Paul Tjeg
Publié le 17/08/26 10:38
La Rédaction
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