Emmenée par la Banque africaine de développement (BAD), le Bureau national d'études techniques et de développement (BNETD), le ministère de la Transition numérique et la direction de l'Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB), une délégation d'experts a visité, ce mois de septembre 2026 à Yamoussoukro, le site retenu pour le futur datacenter de l'administration. Ce complexe technologique relié au Réseau intégré de l'administration (RIA) permettra de centraliser et de fluidifier l'ensemble des services publics numériques du pays.
Ce centre de stockage et de traitement des données de l'administration s'inscrit au cœur de l'ambitieux Projet d'appui au renforcement de l'administration électronique (PARAE), doté d'un budget global de 60 milliards FCFA, soit environ 91,5 millions d'euros. Lancé en janvier 2025 pour s'achever en 2028 selon le calendrier initial, le PARAE consacre un investissement majeur de 54,54 millions d'euros, soit environ 35,7 milliards FCFA, à la seule composante des infrastructures numériques écologiques.
Pour implanter ce centre névralgique, les autorités ont sélectionné une parcelle de 5 000 m², rapidement étendue à 1 hectare à la demande du ministère de tutelle. Le terrain se situe idéalement au sein de la technopole de l'institut polytechnique de la capitale politique, un domaine imposant qui s'étend lui-même sur 1 100 hectares en bordure de voie principale, face au campus sud et à proximité du nouveau lycée professionnel.
Diagnostic des infrastructures existantes
La réalisation de cet ouvrage répond à une urgence opérationnelle absolue au regard du diagnostic critique des équipements informatiques actuels de l'État. L'administration ivoirienne compte aujourd'hui 5 centres de données, mais seulement 4 sont réellement opérationnels, révèle le PARAE.
Il s'agit des sites de la Société nationale de développement informatique (SNDI), de la Présidence de la République, de l'Université de Cocody et d'une installation à Yamoussoukro. Le 5e site, localisé dans la zone franche de Grand-Bassam, serait totalement à l'arrêt.
‘'Les équipements des datacenters sont obsolètes. Ils ne disposent pas de site de secours à l'exception de celui de l'administration hébergé à la SNDI. Dans ces conditions d'exploitation, les équipements/infrastructures deviennent très inefficaces en matière de consommation d'énergie et par conséquent très intensifs en matière d'émissions de carbone'', lit-on dans le document du projet.
Datant de juin 2023, il ajoute que ‘'certains sont vétustes et ne sont toujours pas dotés de solution de secours en cas de défaillance. De plus, le manque d'espace limite considérablement les capacités d'extension des équipements et infrastructures, et par ricochet, des services proposés''.
Une infrastructure écologique de niveau Tier 3
C'est donc dans l'optique de remédier à ces insuffisances que sera construit le futur datacenter de Yamoussoukro. Selon les prévisions, il apportera une réponse définitive à ces vulnérabilités grâce à une conception certifiée de niveau international Tier 3. L'objectif est de garantir une continuité de service quasi permanente grâce au doublement de tous les circuits d'alimentation électrique et de refroidissement.
Conçu dans une démarche de neutralité climatique, l'édifice fonctionnera dès son inauguration avec 75% d'énergies renouvelables, avec pour ambition d'atteindre 100% d'énergie propre d'ici 2035.
Un ouvrage dédié au secteur public
Il convient de ne pas confondre ce projet étatique avec le datacenter public national en cours de déploiement dans la zone franche de Grand-Bassam par l'entreprise américaine Cybastion. Celui-ci se veut une infrastructure souveraine à grande échelle, destinée à accueillir les données massives de l'ensemble de l'écosystème national, incluant les entreprises privées, les opérateurs de télécommunications et les banques.
À l'inverse, l'ouvrage de Yamoussoukro est exclusivement dédié aux besoins internes de l'appareil d'État. Directement connecté au réseau privé interministériel, il servira de coffre-fort numérique aux ministères pour moderniser l'état civil, sécuriser les identités numériques et accélérer le traitement des démarches administratives des citoyens.
Anselme Akéko
Publié le 22/09/26 10:36
La Rédaction
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