En signant son premier accord de coopération dans les mines avec le Botswana, la Côte d'Ivoire ne se contente pas d'élargir son réseau de partenaires africains. Elle se rapproche d'un pays qui a su transformer ses ressources naturelles en levier de développement afin d'accélérer sa propre montée en gamme.
La Côte d'Ivoire ne se limite plus à attirer les compagnies minières. Après une décennie marquée par la multiplication des découvertes d'or et l'arrivée des grands groupes internationaux, Abidjan veut désormais franchir une nouvelle étape : bâtir une industrie extractive capable de générer davantage de valeur ajoutée, de compétences et d'activités sur son territoire. C'est dans cette logique qu'elle a signé, le 30 juillet à Gaborone, le premier accord de coopération de son histoire avec le Botswana dans les secteurs des mines et de l'énergie. Bien plus qu'un rapprochement diplomatique, ce partenariat traduit la volonté d'Abidjan de s'inspirer du modèle botswanais, devenu une référence mondiale en matière de gouvernance et de valorisation des ressources minières.
La signature du protocole d'accord entre le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, et son homologue botswanaise, Bogolo Joy Kenewendo, est l'aboutissement d'un processus engagé il y a seulement six mois, mais conduit à un rythme soutenu. Depuis la première mission du ministre ivoirien à Gaborone en février, les échanges techniques se sont intensifiés. Des experts botswanais ont notamment effectué une mission en Côte d'Ivoire afin de visiter les sites diamantifères de la SODEMI, la société publique en charge du développement minier, et d'identifier les premiers projets susceptibles d'être mis en œuvre. Des échanges confortés par la rencontre, en mai dernier à Nairobi en marge du Sommet Afrique-France, des présidents Alassane Ouattara et Duma Gideon Boko.
Le protocole signé ne constitue donc pas un point de départ, mais l'aboutissement d'un travail préparatoire déjà largement engagé. " Toutes ces missions ont permis d'identifier des projets concrets qui seront mis en œuvre dans le cadre de ce protocole d'accord ", a souligné Mamadou Sangafowa-Coulibaly.
La portée de cet accord est à la mesure de cette ambition. Il couvre l'ensemble des maillons stratégiques de l'industrie extractive : recherche géologique, exploration minière, développement de la filière diamant, valorisation des ressources aurifères, minéraux critiques et stratégiques, gouvernance du secteur, formation des compétences et coopération institutionnelle. Mais au-delà de ces domaines de coopération, l'accord poursuit un objectif plus fondamental : permettre à la Côte d'Ivoire de s'approprier un véritable modèle de développement.
Car si le sous-sol ivoirien figure désormais parmi les plus prometteurs d'Afrique de l'Ouest, le véritable défi n'est plus seulement de découvrir de nouveaux gisements. Il consiste à transformer cette richesse géologique en richesse économique. À cet égard, le rapprochement avec le Botswana offre à Abidjan une véritable fenêtre d'opportunité : s'inspirer d'un modèle qui a réussi là où de nombreux pays riches en ressources naturelles ont échoué.
Le contre-exemple africain de la " malédiction des ressources "
En un peu plus d'un demi-siècle, le Botswana est parvenu à faire de ses ressources diamantifères le socle d'une croissance durable, d'institutions solides et d'une amélioration continue du niveau de vie. Là où de nombreux États riches en minerais ont vu leurs ressources alimenter la dépendance aux matières premières, les déséquilibres budgétaires ou l'instabilité économique, Gaborone a progressivement construit une filière intégrée, maîtrisant l'ensemble de la chaîne de valeur : de la connaissance du sous-sol à la transformation et à la commercialisation des bijoux, en passant par la taille des diamants, la gouvernance des revenus miniers et le développement des compétences nationales.
Résultat : si le secteur diamantifère, fortement capitalistique, demeure peu intensif en main-d'œuvre, les richesses qu'il génère irriguent une économie aujourd'hui classée parmi les cinq plus riches d'Afrique en PIB par habitant et largement saluée pour la qualité de sa gouvernance.
Pour la Côte d'Ivoire, cette expérience représente aujourd'hui un actif stratégique. Le pays est en train de changer de dimension. Les découvertes de classe mondiale réalisées ces dernières années, notamment à Koné, Tanda-Iguela et Doropo, ont profondément renforcé son attractivité auprès des investisseurs internationaux. À cela s'ajoutent des projets dans le manganèse, le nickel, le lithium et le diamant, qui élargissent considérablement son potentiel extractif.
Au-delà de son attractivité géologique, l'administration minière ivoirienne entend désormais capitaliser sur les expertises africaines les plus éprouvées afin d'accélérer la structuration et la montée en gamme de son industrie extractive, au service du contenu local, de retombées économiques durables et d'une prospérité mieux partagée.
Passer de la découverte à la création de valeur
C'est précisément cette réflexion qui sous-tend la stratégie portée par Mamadou Sangafowa-Coulibaly.
Lors de sa première visite au Botswana en février, le ministre ivoirien avait résumé la philosophie qui guide désormais la politique extractive du pays : " Vous avez su transformer vos ressources minières, notamment le diamant, en un levier de développement économique et social (...). C'est une réussite que nous admirons sincèrement. "
Il avait surtout formulé ce qui apparaît aujourd'hui comme le fil conducteur de cette coopération : " La véritable réussite d'un secteur extractif ne se mesure pas uniquement au volume des découvertes, mais à sa capacité à générer une dynamique économique endogène. "
Cette déclaration donne toute sa portée au protocole signé à Gaborone.
L'accord ne vise pas uniquement le partage d'expertise. Il ambitionne de transférer des pratiques en matière de gouvernance, de structuration industrielle, de développement des compétences et de valorisation des ressources stratégiques, notamment les minéraux critiques, dont la demande mondiale est appelée à croître fortement sous l'effet de la transition énergétique.
L'ambition dépasse par ailleurs le seul cadre institutionnel. Fidèle à sa stratégie de promotion du contenu local, Mamadou Sangafowa-Coulibaly entend faire de cette coopération un levier de développement du secteur privé. Le protocole instaure ainsi, selon ses termes, " un environnement favorable au développement de partenariats entre les entreprises privées ivoiriennes et botswanaises ", invitant les opérateurs économiques des deux pays à " saisir les nombreuses opportunités qu'offre cette nouvelle dynamique " afin que la coopération publique débouche sur des investissements, des transferts de technologies et des projets industriels.
" La réussite viendra aussi de ce que nous créons au-delà du sous-sol "
La ministre botswanaise des Mines et de l'Énergie, Bogolo Joy Kenewendo, s'est félicitée de la signature de l'accord et a affiché sa volonté de " bâtir un partenariat durable, non autour de documents, mais à travers des projets concrets ".
" L'Afrique ne se construira pas grâce à des actions isolées des États, mais en travaillant ensemble pour créer de la valeur à travers le continent (…). Le partenariat est le vrai esprit de la Zlecaf ", a-t-elle insisté.
" La réussite ne viendra pas seulement du sous-sol, mais de ce que nous créerons au-delà du sous-sol ", a-t-elle ajouté, évoquant également des perspectives de coopération dans les hydrocarbures et les infrastructures énergétiques.
Une diplomatie économique active
Au-delà de ses implications minières, cet accord révèle une évolution plus profonde de la diplomatie économique ivoirienne. Depuis le début de l'année, Mamadou Sangafowa-Coulibaly multiplie les partenariats avec des pays africains disposant d'une expertise reconnue dans les industries extractives et énergétiques. Après le rapprochement engagé avec l'Algérie dans le domaine de l'énergie et son plaidoyer en faveur d'une transformation locale accrue des ressources africaines lors du Forum sur les minéraux critiques organisé à Abidjan, le ministre fait progressivement de la coopération Sud-Sud un instrument de compétitivité.
La signature de Gaborone illustre cette nouvelle doctrine. Plutôt que de rechercher uniquement des capitaux ou des investissements étrangers, la Côte d'Ivoire entend désormais mobiliser les savoir-faire développés ailleurs sur le continent afin d'accélérer sa propre montée en gamme.
La visite d'État annoncée du président botswanais, Duma Gideon Boko, en Côte d'Ivoire à l'occasion de la prochaine édition du Salon international des ressources extractives et énergétiques (SIREXE), prévue fin novembre, devrait constituer la prochaine étape de ce rapprochement. Les premiers projets issus de cet accord devraient alors être présentés, donnant un contenu concret à cette nouvelle coopération entre les deux pays.
Envoyé spécial à Gaborone, Botswana
Publié le 30/07/26 17:38
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC