Le Cameroun anticipe un gain budgétaire significatif si la persistance des tensions autour de l'Iran maintient les cours du brut à un niveau élevé en 2026. Dans un document d'analyse consacré aux effets économiques du conflit au Moyen-Orient, le ministère camerounais des Finances avance un scénario dans lequel l'État tirerait un avantage direct de la hausse des prix du pétrole.
" Si les prix du pétrole s'établissent à 100 dollars en moyenne sur l'ensemble de l'année 2026, le surplus sur les recettes pétrolières (…) serait de l'ordre de 180 milliards FCFA, comparativement aux hypothèses retenues dans la loi de finances ", indique le document. Ce supplément de ressources proviendrait " essentiellement de la redevance versée par la Société nationale des hydrocarbures et de l'impôt sur les sociétés pétrolières ".
Cette projection intervient dans un contexte de forte volatilité des marchés énergétiques, alimentée par les risques géopolitiques au Moyen-Orient. Les premières tensions ont déjà produit des effets mesurables sur les prix du Brent. Selon les données reprises dans le rapport du ministère, le baril est passé en quelques jours de 71 à 73 dollars, avant de progresser à 81,8 dollars début mars 2026, puis de franchir le seuil des 90 dollars.
Un gain budgétaire sous contrainte
Cet effet positif demeure toutefois partiellement atténué par la structure même du secteur pétrolier camerounais. Si le pays est producteur de brut, il reste également fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. En conséquence, la hausse des recettes liée à l'envolée des cours du brut pourrait être en partie neutralisée par l'augmentation du coût des importations de carburants.
Comme le souligne le ministère des Finances, " l'augmentation des recettes d'exportation des hydrocarbures, du fait de la hausse des prix du pétrole, s'accompagne d'une progression de la facture des importations de carburants et de lubrifiants ".
Au-delà de cet effet, les finances publiques devraient également subir l'impact de la hausse des subventions destinées à maintenir les prix à la pompe. Une situation déjà observée entre 2020 et 2024, au plus fort de la crise russo-ukrainienne. Les dépenses de subventions avaient alors fortement augmenté, atteignant 460 milliards FCFA en 2023. Malgré les ajustements successifs des prix domestiques et les mesures d'accompagnement social, elles sont restées élevées, s'établissant encore à 231 milliards en 2024.
Dans ce contexte, le ministère des Finances estime néanmoins que " le montant des subventions des prix des carburants à la pompe augmenterait, mais à un rythme moins important que celui des recettes pétrolières ".
Au-delà de la conjoncture pétrolière, l'enjeu est également budgétaire. Le budget de l'État pour 2026, fixé à 8 816,4 milliards FCFA, repose sur des recettes internes projetées à 5 687 milliards FCFA, dont 532,7 milliards attendus du secteur pétrolier et gazier. Dans cette perspective, un surplus de 180 milliards FCFA représenterait un apport non négligeable, susceptible de modifier à court terme les équilibres budgétaires.
Perton Biyiha
Publié le 21/04/26 15:16
La Rédaction
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