Au Sénégal, le recours à des opérations de " Total Return Swap " (TRS), pour un montant de 650 millions de dollars auprès de Africa Finance Corporation et de First Abu Dhabi Bank, continue d'alimenter le débat sur la transparence et la gestion de la dette publique. Face aux interrogations, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a apporté des précisions lors d'une conférence de presse, défendant une stratégie conforme aux règles du marché et économiquement avantageuse.
Sur le plan financier, l'argument central avancé par Dakar repose sur le différentiel de coût. Selon le ministre, un recours classique aux Eurobonds en 2025 aurait impliqué des taux compris entre 11 % et 12 %, contre environ 7 % via les opérations de TRS. Ce différentiel de près de 5 points représenterait une économie annuelle estimée à 36 milliards de FCFA sur le service de la dette, dans un contexte de resserrement des conditions de financement sur les marchés internationaux.
D'un point de vue technique, les autorités insistent sur le fait que ces opérations ne dérogent pas aux mécanismes standards du marché des titres publics. Les investisseurs internationaux interviennent via des adjudications classiques, permettant au Trésor de lever des ressources en monnaie locale (FCFA), sans transfert d'actifs ni mise en garantie de biens publics. " Le financement est obtenu comme pour toute autre émission ", a souligné le ministre, précisant que les montants mobilisés sont intégralement retracés dans les statistiques officielles.
Le gouvernement rejette par ailleurs toute idée de traitement préférentiel ou d'opacité. Les investisseurs engagés dans ces montages conservent, selon lui, un statut de détenteurs d'obligations souveraines ordinaires. Le recours aux produits dérivés, dont fait partie le TRS, est explicitement autorisé par la loi de finances, notamment comme instrument de couverture contre certains risques financiers.
Au-delà de la controverse, l'exécutif inscrit ces opérations dans le cadre du plan de financement 2025, validé par le Parlement et partagé avec les partenaires techniques et financiers, dont le FMI. Les ressources mobilisées ont servi à couvrir les besoins budgétaires de l'État, incluant le service de la dette héritée, les investissements publics et les dépenses de fonctionnement des secteurs prioritaires.
Enfin, Cheikh Diba assure que ces opérations ont fait l'objet d'une communication formelle, notamment dans le rapport économique et financier annexé à la loi de finances 2026. Une manière, pour Dakar, de réaffirmer une ligne de défense fondée sur la légalité, la transparence et la maîtrise du risque, alors que la question de la soutenabilité de la dette reste au cœur de l'attention des marchés.
Publié le 27/03/26 17:39
Mouhamadou Dieng
SN
CEMAC