L'agence de notation Moody's vient officiellement de dégrader la note de solidité financière d'Eramet de B1 à B2, sanctionnant une année 2025 marquée par une chute de 54 % de son résultat opérationnel ajusté, tombé à 372 millions d'euros. Cette dérive des indicateurs de crédit résulte essentiellement d'un effet de ciseaux : l'effondrement des cours des métaux et des difficultés logistiques ont lourdement pesé sur la rentabilité, tandis que l'endettement net a bondi à 1,9 milliard d'euros. Si la perspective est passée de "négative" à "stable", c'est uniquement grâce à une augmentation de capital de 500 millions d'euros prévue pour 2026, soutenue par l'État français.
Dans ce contexte de fragilité, le Gabon s'affirme sans surprise comme l'unique pilier de rentabilité du groupe. En 2025, les activités de manganèse dans le pays ont généré 357 millions d'euros, soit la quasi-totalité du résultat opérationnel global du géant français des mines et de la métallurgie. Moody's souligne que sans l'apport massif du gisement de Moanda, le profil financier du groupe serait critique. Cette dépendance place Eramet dans une position délicate, où la moindre perturbation logistique ou opérationnelle sur le sol gabonais menace directement sa survie financière.
À cette pression financière s'ajoute un défi stratégique : l'exigence croissante de l'État gabonais en matière de valeur ajoutée. Alors que le groupe traverse cette mauvaise passe, Libreville intensifie sa pression pour que la transformation locale du manganèse devienne une réalité industrielle à l'horizon 2029. Pour Eramet, cette échéance représente un défi de taille puisqu'il faudra mobiliser d'importants capitaux pour construire des infrastructures de transformation locale, alors même que le groupe est déjà sous la contrainte d'un plan de réduction des coûts et d'un endettement record.
Par ailleurs, la visibilité sur la sortie de crise reste brouillée par une instabilité managériale, suite au départ du PDG et à la suspension du directeur financier. Moody's prévient que la capacité du groupe à restaurer ses ratios d'ici 2027 dépendra non seulement de la réussite de son augmentation de capital, mais aussi de sa capacité à naviguer dans un environnement minier de plus en plus exigeant. Entre la nécessité de rassurer les marchés financiers et l'obligation de satisfaire aux nouvelles ambitions industrielles du Gabon, la marge de manœuvre d'Eramet n'a jamais été aussi étroite.
Idrissa Diakité
Publié le 03/03/26 11:36
La Rédaction
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