La Russie accélère sa stratégie de diversification commerciale sur l'Afrique. En 2025, les exportations russes de viande de volaille et d'abats vers le continent ont été multipliées par 3,5 en valeur par rapport à 2024, Agroexport, le Centre fédéral pour le développement des exportations agricoles du ministère russe en charge de l'Agriculture.
Les chiffres témoignent d'une montée en puissance spectaculaire. En 2025, les livraisons ont dépassé 35 000 tonnes, pour une valeur de plus de 51 millions de dollars, contre environ 14 500 tonnes, pour un montant de 15 millions de dollars un an plus tôt. Au-delà de la performance commerciale, cette progression traduit une offensive structurée de Moscou sur les marchés africains, dans un contexte où la Russie cherche à redéployer ses flux commerciaux vers des partenaires alternatifs, face aux recompositions géopolitiques mondiales.
L'Afrique de l'Ouest et centrale en première ligne
Selon Agroexport, plusieurs pays se distinguent comme principaux débouchés de la volaille russe. Il s'agit du Bénin, de la République démocratique du Congo (RDC), du Ghana, du Mozambique et de la Guinée. Le cas du Bénin illustre particulièrement cette dynamique. En janvier dernier, Agroexport indiquait que les exportations russes de produits agro-industriels vers Cotonou avaient presque été multipliées par sept en valeur en 2025, dépassant les 21 millions de dollars. Les produits carnés dominent ces flux : morceaux de carcasses et abats de dinde, carcasses de poulets domestiques et produits transformés à base de viande de dinde. Cette percée suggère un repositionnement stratégique vers des marchés africains à forte croissance démographique et à demande soutenue en protéines animales à prix compétitifs.
L'année 2025 marque également une extension géographique des exportations russes. Pour la première fois, des livraisons de volaille et d'abats ont été effectuées vers la République centrafricaine et le Soudan. Parallèlement, Moscou a repris ses exportations vers plusieurs pays où les flux avaient été interrompus ou réduits : Sierra Leone, Djibouti, Tanzanie, Gambie, Maroc et Togo. Cette diversification géographique réduit le risque commercial et consolide la présence russe sur différentes façades du continent, atlantique, orientale et sahélienne.
Cette expansion s'inscrit dans une dynamique plus large de coopération agroalimentaire entre la Russie et l'Afrique. La volaille, segment compétitif de l'agro-industrie russe, constitue un produit stratégique : peu coûteux, facilement transportable et adapté aux marchés à forte sensibilité prix. Pour les pays africains importateurs, ces flux peuvent contribuer à stabiliser l'approvisionnement en protéines animales dans un contexte de volatilité des prix alimentaires mondiaux. Toutefois, cette montée en puissance pose également la question de l'impact sur les filières avicoles locales, déjà confrontées à des défis structurels de compétitivité.
Publié le 03/03/26 18:12
Narcisse Angan
SN
CEMAC