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Financement du commerce : Un choc de volatilité sur les marchés financiers pourrait faire chuter les flux de 3,3%

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Le financement du commerce apparaît comme un maillon déterminant des échanges mondiaux. Une nouvelle analyse de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), fondée sur des données couvrant plus de 100 pays, montre surtout combien les économies émergentes et en développement restent exposées aux soubresauts des marchés financiers internationaux.

Le commerce mondial ne dépend pas seulement de la demande de biens. Il repose aussi sur la capacité des entreprises à financer leur production, leur expédition et leurs transactions internationales. Or cette mécanique peut rapidement se gripper lorsque les conditions financières mondiales deviennent plus volatiles.

C'est l'un des principaux enseignements d'une nouvelle analyse de l'OMC réalisée à partir du registre du financement du commerce de la Chambre de commerce internationale, alimenté depuis 2011 par plus de 20 banques internationales et couvrant plus de 100 pays.

Le VIX, un révélateur de la fragilité du commerce

L'un des résultats les plus frappants concerne le VIX (Volatility Index), indicateur couramment utilisé pour mesurer la volatilité des marchés financiers. Une hausse d'un point de cet indice est associée à une baisse de 3,3% de la croissance du financement bancaire du commerce.

L'effet est particulièrement marqué dans les régions en développement. Autrement dit, lorsque l'incertitude financière augmente, les banques deviennent plus prudentes et l'accès aux instruments permettant de sécuriser les échanges se resserre.

‘'La volatilité des conditions financières mondiales réduit l'offre de financement du commerce intermédié par les banques'', souligne l'analyse de l'OMC.

Cette transmission est loin d'être théorique. Lors de la crise financière mondiale de 2008 et 2009, les pénuries de financement du commerce auraient représenté 15 à 20% de l'effondrement des échanges, selon plusieurs études citées par l'organisation. La crise de Covid-19 a également montré combien la disponibilité du financement pouvait contribuer à éviter une rupture brutale des échanges.

Un déficit structurel de 7 à 10% du commerce mondial

Le problème dépasse toutefois les périodes de crise. La demande non satisfaite de financement du commerce représenterait depuis au moins une décennie 7 à 10% du commerce mondial de marchandises.

Ce déficit prive de nombreuses entreprises des moyens financiers nécessaires pour saisir des opportunités commerciales internationales. Il est particulièrement pénalisant dans les économies où les marchés financiers sont moins développés et où les risques juridiques, politiques et opérationnels sont plus élevés.

Le financement du commerce permet précisément de réduire ces obstacles. Une lettre de crédit, par exemple, apporte au vendeur une garantie de paiement de la banque de l'acheteur. Les prêts commerciaux et les mécanismes de financement de la chaîne d'approvisionnement permettent, eux, de couvrir les besoins de liquidités avant que l'exportateur ne perçoive le produit de sa vente.

Le développement financier, un avantage décisif

L'étude établit également un lien étroit entre développement financier et capacité à financer les échanges. Une progression d'un point de l'indice de développement des marchés financiers est associée à une hausse de 10% de la croissance du financement du commerce.

Le constat est d'autant plus important que les grandes banques internationales semblent accroître plus rapidement leur offre dans les pays disposant d'infrastructures financières solides.

L'OMC relève parallèlement qu'une hausse de 1% de la croissance des échanges est associée à une progression de 0,41% du financement bancaire du commerce. Le financement suit donc naturellement l'activité commerciale, mais sa disponibilité dépend aussi de la profondeur du système financier local.

L'enjeu pour les économies émergentes

L'analyse de l'OMC met ainsi en évidence un cercle vertueux, mais également une vulnérabilité. Les économies ouvertes peuvent bénéficier davantage du commerce international, mais celles dont les systèmes financiers sont moins développés disposent de moins de marges pour absorber un choc financier mondial.

‘'Un accès plus large au financement du commerce renforcerait la capacité d'un pays à accéder aux marchés mondiaux'', conclut l'OMC.

Pour les économies émergentes et en développement, l'enjeu dépasse donc le seul financement des importations et des exportations. Le renforcement des marchés financiers locaux, combiné à des dispositifs permettant de maintenir l'accès au financement en période de crise, apparaît comme un levier de résilience économique. Car derrière chaque transaction commerciale se trouve une nécessité souvent moins visible : pouvoir financer le temps qui sépare la production, l'expédition et le paiement.

Publié le 14/09/26 08:35

Dr Ange Ponou

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